L’existentialisme est une doctrine optimiste!

L’existentialisme de Jean-Paul Sartre.


Fachbereichsarbeit Französisch 2005/06
Isabel Heger

BG XIII Fichtnergasse Betreuerin: Mag. Pia Doppler-Migsch


Préface

1. Introduction dans le monde de Jean-Paul Sartre et de l’existentialisme

1.1 Définition de l’existentialisme

1.1.1 L’existentialisme athée selon Sartre

1.1.2 L’existentialisme chrétien selon Gabriel Marcel

1.2 La vie de Jean-Paul Sartre et son temps

1.2.1 Biographie de Jean-Paul Sartre

1.2.2 La France pendant l’après-guerre

1.3 Les compagnons d’idées de Jean-Paul Sartre

1.3.1 Simone de Beauvoir

1.3.2 Albert Camus

1.4 Les contemporains importants de Jean-Paul Sartre

1.4.1 Dans la littérature : Françoise Sagan

1.4.2 Dans la peinture : Wols

1.4.3 Dans la musique : Juliette Gréco

1.4.4 Dans la politique : Charles de Gaulle

1.5 Les Temps Modernes

1.6 L’existentialisme comme un phénomène culturel

2. Les doctrines de Jean-Paul Sartre

2.1 La condition de l’homme

2.1.1 L’existence précède l’essence

2.1.2 La conscience

2.1.3 La liberté

2.1.4 La responsabilité

2.1.5 Le délaissement

2.2 La situation de l’homme comme un choix libre

2.2.1 L’homme doit s’engager

2.2.2 L’homme est ce qu’il se fait

2.3 La mauvaise foi

2.3.1 Les tentatives pour se mettre d’accord

2.4 L’individu et les autres

2.4.1 Le regard des autres

2.4.2 L’enfer, c’est les autres

2.5 La morale existentialiste

2.6 La mort

2.6.1 La « vie morte »

2.7 Les visions pessimistes

2.8 Les visions optimistes

3. Les œuvres existentialistes de Jean-Paul Sartre, illustrant ses doctrines

3.1 Le mur

3.1.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations

3.1.2 Contenu et interprétation

3.2 La nausée

3.2.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations

3.2.2 Contenu et interprétation

3.3 L’être et le néant

3.3.1 Le contenu

3.4 Les mouches

3.4.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations

3.4.2 Contenu et interprétation

3.5 Huis clos

3.5.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations

3.5.2 Contenu et interprétation

3.6 L’existentialisme est un humanisme

3.6.1 Le contenu

3.7 Morts sans sépulture

3.7.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations

3.7.2 Contenu et interprétation

3.8 Les jeux sont faits

3.8.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations

3.8.2 Contenu et interprétation

3.9 Le diable et le bon Dieu

3.9.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations

3.9.2 Contenu et interprétation

4. Conclusion

5. Les sources

5.1 La bibliographie

5.2 Les films

5.3 Les adresses Internet

5.4 Les illustrations

Eidesstattliche Erklärung


Préface


Je me suis sentie attirée par l’existentialisme grâce aux citations de Jean-Paul Sartre apparaissant à beaucoup d’occasions dont j’étais avide de comprendre le sens. Après m’avoir familiarisée avec l’écrivain et sa philosophie absolument captivante j’ai su que ce thème valait d’en écrire une « Fachbereichsarbeit ».

Ma fascination pour l’existentialisme a plusieurs raisons. Premièrement, j’adore plonger dans l’esprit d’un grand penseur – en m’occupant intensément d’une philosophie, je découvre peu à peu ma propre. A mon opinion, on ne doit pas s’enfoncer dans une doctrine pour l’adopter, mais pour la remettre en question, établissant ainsi une façon de voir individuellement. Je considère la prise en compte de la philosophie comme un facteur important pour la découverte de soi-même.

Par ailleurs, j’essaie toujours d’approfondir mon savoir sur les différentes conceptions du monde. Je trouve que cela est indispensable pour accueillir son environnement franchement et sans préjugés. L’existentialisme a tout de suite suscité mon intérêt, étant une philosophie en même temps vénérée et méprisée qui a régné toute une époque en France.

Au début, j’espère pouvoir transmettre, après introduire les deux courants existentialistes, un bon aperçu dans l’histoire de la civilisation pendant l’après-guerre, mettant l’accent sur Jean-Paul Sartre et le succès de son existentialisme.

La suite forme l’explication des doctrines sartriennes, illuminées par un choix de ses œuvres existentialistes interprétées d’après eux.

Cette « Fachbereichsarbeit » constitue un défi de grande valeur pour moi parce que je l’écris tout indépendamment, me prouvant ainsi que j’ai atteint la maturité pour pouvoir maîtriser la vie après le bac. De plus, j’attache beaucoup d’importance à sa réussite pour faire honneur à l’existentialisme de Jean-Paul Sartre – je ne peux pas m’imaginer un meilleur sujet.




1. Introduction dans le monde de Jean-Paul Sartre et de l’existentialisme


1.1 Définition de l’existentialisme


L’existentialisme est né au milieu du XIXe siècle au Danemark avec Søren Kierkegaard, fait revivre de 1890 à 1940 en Allemagne avec Friedrich Nietzsche, Edmund Husserl, Karl Jaspers et Martin Heidegger et vit son apogée de 1930 à 1960 en France avec Jean-Paul Sartre. Le vocable apparaît premièrement dans les années 30 et devient populaire avec Sartre qui le méprise au début. En appellant, en 1945, sa conférence dans laquelle il esquisse sa doctrine L’existentialisme est un humanisme, la désignation s’établit finalement dans le monde de la philosophie qui ne peut plus se passer d’elle depuis ce moment-là.

Les deux conceptions différentes de l’existentialisme qui se sont développées n’ont qu’en commun le fondement que l’existence de l’homme précède son essence, partant ainsi sur la subjectivité.

Alors la caractéristique la plus signifiante de tout existentialisme, c’est qu’il est strictement opposé à l’ « essentialisme » traditionnel qui suppose qu’un être humain a une nature antérieure. La priorité de l’existence sur l’essence donne une liberté sans limites à l’homme qui vient dans le monde comme tabula rasa et se constitue au cours de sa vie.


1.1.1 L’existentialisme athée selon Sartre


Le principe de l’existentialisme athée, c’est la supposition qu’il n’y a pas de Dieu comme « artisan » céleste qui crée l’homme de la même façon qu’un artisan terrestre crée un objet. « […] si Dieu n’existe pas, il y a au moins un être chez qui l’existence précède l’essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et […] cet être c’est l’homme »1. De plus, il n’y existe pas n’importe quel déterminisme. L’existentialiste athée refuse même l’idée d’un subconscient comme le décrit Freud. La raison, c’est que tout cela signifierait une sorte de restriction de la liberté en déterminant les actions de l’homme.

Jean-Paul Sartre fonde sa doctrine de l’existentialisme sur une longue tradition de la philosophie de la liberté qui commence déjà chez les stoïciens.

Il reprend les idées d’Edmund Husserl (1859-1938), fondateur de la phénoménologie2, en s’occupant de sa théorie de l’essence des phénomènes, partant de la réalité vécue et saisie par la conscience.

La philosophie de Martin Heidegger (1889-1976) qui avait constitué le Dasein ou l’ « étant humain » – l’expérience qui ne revient qu’à l’homme parce qu’il existe – comme fondement de la condition humaine lui donne l’impulsion pour sa définition de l’homme comme la « réalité humaine ». En outre, Sartre adopte le point de vue que l’angoisse révèle sa finitude à l’homme. Le « on » de Heidegger étant l’inauthenticité des hommes qui s’uniformisent pour se dérober de la condition humaine refait surface chez Sartre sous le terme de la « mauvaise foi ».

Dans sa doctrine, Jean-Paul Sartre met l’accent sur l’homme libre qui doit se constituer « de bonne foi » en maîtrisant de ne pas considérer sa liberté comme fardeau, mais comme privilège.


1.1.2 L’existentialisme chrétien selon Gabriel Marcel


Gabriel Marcel.

Gabriel Marcel (1889-1973), de l’origine juif, convertit au catholicisme en 1929. Existentialiste avant Sartre mais jamais tellement populaire, il n’échafaude pas de doctrine pour sa philosophie qu’il repose aussi sur la liberté : « Un acte est libre dans la mesure où je me reconnais en lui »3.

La question de l’existence le conduit toujours à la recherche de l’essence, contrairement à Sartre qui se préoccupe des conditions lesquels implique l’existence. Marcel expose son ontologie4 en 1927 dans l’œuvre Journal métaphysique.

Avec son chef-d’œuvre existentialiste Être et Avoir de 1935 il crée une phénoménologie de l’avoir : l’homme est déterminé par le monde authentique de l’être et le monde inauthentique de l’avoir, ce dernier symbolisant « le corps-objet sans l’âme-sujet »5. L’asservissement de l’être par l’avoir conduit à la perte de toute humanité.

Par ailleurs, Gabriel Marcel soutient une morale universelle existentielle ce que Sartre refuse toujours. D’après cette morale l’homme peut, par l’amour, réussir à éprouver autrui comme sujet. Pour parvenir à l’être « authentique » il faut le dialogue avec autrui (le « toi ») et le dialogue avec Dieu (le « Toi » suprême). Ce dernier est l’objectif le plus haut de Marcel qui peut être atteint par la foi et l’espoir. Seulement ainsi on réussit à se dépasser du tragique de la condition humaine.



1.2 La vie de Jean-Paul Sartre et son temps


1.2.1 Biographie de Jean-Paul Sartre


Poulou vers 1907.

« […] la bouche est gonflée par une hypocrite arrogance ; je sais ce que je vaux ». (Les Mots, p. 26-27.) La vérité cruelle frappe toute la famille après sa première coupe de cheveux à 7 ans : ils gardent conscience de sa laideur. Sa mère s’enferme dans sa chambre pour pleurer.

Jean-Paul Charles Aymard Sartre est né le 21 juin 1905 à Paris au XVIe arrondissement qui est un quartier bourgeois. Orphelin de père à 15 mois, le petit « Poulou » est élevé par sa mère Anne-Marie pour laquelle il éprouve une certaine amour-passion6 et son grand-père autoritaire Charles Schweitzer. « La mort de Jean-Baptiste fut la grande affaire de ma vie ; elle […] me donna la liberté… »7. Les circonstances extraordinaires de son enfance marquent le caractère de Jean-Paul Sartre.

L’enfant prodige écrit ses premiers textes, encouragé par sa famille, déjà avant sa scolarisation à 10 ans.

Au lycée Henri-IV il rencontre Paul Nizan qui devient son premier et meilleur ami.

La haine de Jean-Paul Sartre pour toute forme de bourgeoisie est surtout due à ses années à La Rochelle où il doit déménager en 1917 avec sa mère après le remariage de cette dernière avec Joseph Mancy, l’incarnation d’un bourgeois. A La Rochelle, Sartre doit aussi faire ses premières expériences avec l’injustice et l’inégalité contre lesquelles il s’engagera toute sa vie. Il souffre en étant marginalisé dans sa classe.

En 1920 il retourne à Paris où il fréquente l’École Normale Supérieure au Lycée Louis-le-Grand. L’élite des spécialistes des sciences humaines de son temps y fait ses études, entre autres Raymond Aron et Maurice Merleau-Ponty, ne pas à oublier Simone de Beauvoir qu’il rencontre en 1929.

Ayant reçu son agrégation, Sartre devient professeur à Le Havre de 1931 à 1936. Il s’y occupe pour la première fois de la philosophie de l’existence et écrit La nausée, le roman qui contient les pensées fondamentales de son futur existentialisme et conduit à sa percée comme écrivain.

Sartre comme soldat, 1939.

Incorporé au service militaire, Sartre est fait prisonnier en 1940. Cette expérience provoque un tournant décisif dans sa vie : il comprend que le bonheur dépend de la relation avec autrui. D’abord individualiste, il arrive au socialisme, dépasse son indifférence à l’égard de la politique et s’y engage dorénavant.

Toutefois, son engagement se limite plutôt à écrire des essais et pièces de théâtre pour appeler le public à la Résistance. Le mouvement gauche Socialisme et liberté qu’il fond en 1943 est éphémère, mais ses pièces de théâtre, par exemple Les mouches, ont l’effet escompté. Son chef-d’œuvre L’être et le néant parait aussi en 1943, faisant lui comme philosophe reconnu et sa doctrine de l’existentialisme connue partout.

En 1944 la fondation des Temps Modernes prend place et la pièce de théâtre la plus célèbre de Sartre, Huis clos, fête sa première.

Sa littérature commence à porter plus de traits politiques, Jean-Paul Sartre s’avance de la liberté individuelle à la libération collective. Dans Les communistes et la paix il réfléchit sur le communisme et le marxisme. Les mains sales est représenté en 1948. Avec Le diable et le bon Dieu de 1952 Sartre montre l’impossibilité d’une morale pure dans la vie politique, faisant une allusion à sa propre hésitation entre communisme et marxisme. Son engagement pour le communisme atteint son apogée après le voyage à l’Union soviétique en 1954. Il publie son autobiographie Les mots en 1963.

En 1964 enfin, Jean-Paul Sartre, ayant tout atteint, refuse le prix Nobel qui lui est attribué « pour son oeuvre abondante en idées qui, par l'esprit de liberté et la recherche de la vérité dont elle témoigne, a exercé une vaste influence sur notre époque »8.

Sartre vendant La Cause du peuple le 26 juin 1970.

Pendant les émeutes en mai 1968 Jean-Paul Sartre se met au côté des étudiants, tient des discours aux ouvriers et s’engage pour le journal interdit La cause du peuple.

Sa visite chez le prisonnier Allemand Andreas Baader, le chef du RAF (Rote Armee Fraktion) qui s’appelle lui-même une « guérilla communiste », en 1974 pour protester contre sa détention déclenche un scandale.

Pratiquement aveugle, Jean-Paul Sartre passe stoïquement les dernières années de sa vie. Il meurt le 15 avril 1980 à Paris. Près de 50 000 personnes participent au cortège funèbre qui le conduit au cimetière Montparnasse.

1.2.2 La France pendant l’après-guerre


Le Régime Vichy est fondé en 1940 sous l’occupation des Allemands. La Résistance est née, menant une lutte armée contre le gouvernement qui coopère avec les nazis. Après la libération de la France en 1944, la Quatrième République est introduite en 1946 par référendum.

Avec la perte de la guerre d’Indochine en 1954 l’empire colonial de la France se termine. La crise causée par la guerre d’Algérie termine la Quatrième République qui est remplacée par la Cinquième République reposant sur une nouvelle constitution en 1958. Charles de Gaulle atteint la fin de la guerre d’Algérie en 1962.

En mai 1968 les manifestations des étudiants éclatant à Paris conduisent à une grève générale de plusieurs semaines qui paralyse tout le pays. Le référendum de Charles de Gaulle pour modifier la constitution échoue, la Cinquième République persiste jusqu’à aujourd’hui.


Après la deuxième guerre mondiale, un essor économique s’annonce en France, l’optimisme d’un nouveau départ se montre partout, mélangé avec un certain criticisme.

Le théâtre de l’absurde jouit du succès, contiendrant de la critique sociale révolutionnaire qui était interdite pendant le Régime Vichy. Un bon exemple est la pièce Rhinocéros d’Eugène Ionesco.

Aussi les universités éprouvent ce changement de mentalité. Une nouvelle génération d’étudiants sceptiques se soulève contre les traditions archaïques et conservatrices.

Les arts plastiques se servissent en priorité de l’abstrait, symbolisant l’acte de libération en se décollant de l’étroitesse d’esprit qui avait régné pendant la guerre.

Marilyn Monroe d’Andy Warhol.

D’un autre côté, la France est influencée par l’art Américain qui peut percer grâce à l’ouverture des frontières. Les tableaux Pop Art d’Andy Warhol montrant des vedettes et des labels célèbres même que les films d’Hollywood permettent de se faire une idée d’un monde attrayant par sa différence. Tout portant le cachet « Américain » jouit d’un succès fou. Surtout la jeunesse est captivée par le style de vie Américain qui séduit par sa franchise et ses idéaux modernes – la meilleure preuve forment les souvenirs d’enfance des auteurs comme Joseph Joffo.

1.3 Les compagnons d’idées de Jean-Paul Sartre


1.3.1 Simone de Beauvoir


Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir (son « charmant Castor ») vers 1929.

Simone de Beauvoir est née en 1908 à Paris. Pendant ses études à la Sorbonne elle fait la connaissance de Jean-Paul Sartre et devient indispensable à son existence. Ils ont l’impression d’avoir trouvé leur double, n’étant pas seulement unis par la philosophie, mais aussi par un amour inébranlable. La relation inhabituelle – Sartre n’a pas la « vocation de la monogamie »9 – se déroule sur un niveau plus haut : « entre nous, […] il s’agit d’un amour nécessaire : il convient que nous connaissions aussi des amours contingentes »10. En outre, ils se donnent la promesse de ne ni mentir ni dissimuler rien à l’autre.

Jean-Paul Sartre, prenant comme premier philosophe en compte la sexualité pour la relation de l’homme avec autrui en considérant la concupiscence comme structure fondamentale de la cohabitation humaine en même temps que refusant une nature humaine crée la base pour les doctrines de Simone de Beauvoir sur la problématique du rôle sexuel. Elle se réfère aux pensées sartriennes pour critiquer les perceptions du sexe dans la société patriarcale, donnant ainsi naissance au deuxième mouvement féministe. Mais Simone de Beauvoir n’a pas – comme toutes les féministes auparavant – seulement l’intention d’obtenir les mêmes droits pour les deux sexes. En plus, elle lutte pour la déconstruction de toute féminité, c’est-à-dire contre toutes les prescriptions imposées par la société à une femme. Selon elle, la féminité n’est pas une facticité, mais une situation crée par la société. Son affirmation : « On ne naît pas femme : on le devient »11. Dans son œuvre Le deuxième sexe (1949) elle explique qu’un enfant a besoin des autres pour se percevoir comme un être sexuel, alors que ce sont les autres qui déterminent le sexe d’un enfant par son éducation marquée des préjugés. Elle représente la conviction existentialiste que l’homme est ce qu’il se sera fait ce qui, rapporté à la question du rôle sexuel, a par conséquence la destruction de l’opinion erronée que l’homme est de nature supérieur. La philosophie de Simone de Beauvoir est – bien qu’elle porte des traits radicaux – une doctrine humaniste et optimiste parce qu’elle accorde de la liberté à chaque être humain, se mettant contre toute forme d’oppression à cause de la race ou du sexe. Son engagement pour les hommes se montre aussi dans sa participation active à la Résistance française. Rares sont ceux qui comprennent le message de l’écrivaine, la calomniant pour ses visions progressives.

Athéiste convaincue, Simone de Beauvoir exprime ses sentiments sur la mort de Jean-Paul Sartre ainsi : « Sa mort nous sépare. Ma mort ne nous réunira pas. C’est ainsi : il est déjà beau que nos vies aient pu si longtemps s’accorder »12. L’âme sœur de Sartre meurt en 1986 à Paris et est inhumée au cimetière Montparnasse chez lui.


1.3.2 Albert Camus


Albert Camus.

Albert Camus est né en 1913 en Algérie. Avec le « cycle de l’absurde », inauguré par le roman L’étranger et l’essai Le mythe de Sisyphe en 1942, il expose premièrement sa philosophie après avoir travaillé comme journaliste d’abord. Le fondement forment l’absurdité et l’injustice de l’existence ce que l’homme doit supporter sans y pouvoir rien changer, tout son engagement étant voué à l’échec. Ces années-là, Camus ne se défend pas contre la désignation « existentialiste ». Contrairement à Jean-Paul Sartre qui se dit optimiste, il confesse d’être pessimiste. Cette attitude est relativisée par son amour d’autrui. En désaccord avec la doctrine sartrienne considérant l’autre comme menace de la liberté individuelle, Albert Camus pense qu’ « au milieu des fléaux, […] il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser »13. Il estime l’homme parce qu’il arrive à vivre toujours écartelé entre l’ « amour de vivre » et le « désespoir de vivre » qui sont, selon lui, inséparables.

Combat – le porte-parole de la Résistance française.

S’engageant très activement dans la Résistance il utilise ses aptitudes journalistiques comme rédacteur du chef du journal Combat pour faire remarquer les anomalies du monde au public.

Son « cycle de la révolte et de la solidarité » est déterminé par le roman La peste (1947) et l’essai L’homme révolté (1951). Avec ledit essai, Camus renonce totalement à l’existentialisme, s’opposant entièrement aux doctrines sartriennes. En 1952 la rupture des deux personnalités probablement les plus importantes pour la philosophie de leur temps prend place. Quand Sartre perçoit l’histoire comme un ensemble intelligible duquel l’homme peut gagner des connaissances essentielles pour l’avenir et voit une solution pour l’état de la France dans l’engagement politique, ayant confiance en la révolution, Camus affirme que l’histoire n’a aucun sens et lance un appel à la révolte métaphysique conduite par la morale.

Dorénavant, Albert Camus utilise son influence pour atteindre une trêve dans la guerre d’Algérie. En 1957, le prix Nobel de littérature lui est attribué « pour l'ensemble d'une œuvre qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes »14.

En 1960, l’écrivain meurt dans un accident de voiture après avoir tiré sa conclusion finale sur la vie : « La seule certitude qui nous reste est celle de la douleur nue, commune à tous, et qui mêle ses racines à celles d’un espoir entêté »15. Sartre rend hommage à Albert Camus en écrivant un article émouvant publié dans le journal France Observateur dans lequel il exprime son respect pour l’adversaire.



1.4 Les contemporains importants de Jean-Paul Sartre


1.4.1 Dans la littérature : Françoise Sagan


Françoise Sagan.

Françoise Quoirez est née en 1935 à Cajarc. Fille d’industriels aisés qui craignent de perdre leur bonne réputation, elle doit trouver un pseudonyme avant de publier son premier roman Bonjour Tristesse en 1954, à l’âge de 18 ans. Elle en trouve dans un ouvrage de Proust : Sagan. Ledit roman, captivant par une lascivité latente, bouleverse la France bigote. La vie légère de Françoise Sagan se reflète dans tous ses romans sans les rendre superficiels. Elle regarde derrière la façade de sa couche sociale, montrant l’indifférence et les intrigues jetant une ombre sur cette société insouciante. On pourrait dire qu’avec ses caractères lâches, toujours niant leur responsabilité, elle adopte l’existentialisme à la bourgeoisie.

« Le charmant monstre » adore le goût de la vitesse et l’excès de tout genre, ne craignant jamais la mort, seulement l’âge mûr. Pour cette raison elle savoure chaque moment de sa jeunesse, celle-ci étant la seule chose qu’elle a à perdre. Sagan s’engage pour les idées de gauche mais n’est pas toujours prise au sérieux à cause de son style de vie irresponsable.

Françoise Sagan meurt en 2004 à Calvados, étant la dernière d’un cercle d’écrivains existentialistes autour de Sartre. Jusqu’à la fin, elle transmet le sentiment de la liberté, ne laissant pas se restreindre par son âge avancé et le monde qui a changé depuis l’apogée de l’existentialisme. Dans ses mémoires, Sagan écrit « qu’elle ne passerait pas encore trente ans sans Sartre sur cette planète »16. Souvent considérée comme la mère de l’existentialisme – le père Sartre les ayant déjà quitté – les descendants de cette philosophie ne peuvent compter que sur eux-mêmes après la mort de Sagan.


1.4.2 Dans la peinture : Wols


Alfred Otto Wolfgang Schulze est né en 1913 à Berlin. En 1933 il émigre en France où il accède à la notoriété comme photographe, s’établissant bientôt aussi comme peintre. En 1937 il prend le pseudonyme « Wols » sous lequel il publie dorénavant ses œuvres. A 38 ans Wols décède suite à une intoxication alimentaire.

Bleu optimiste de Wols.

C’est grâce à lui que le tachisme vient au monde. Le terme, en effet, est crée par Pierre Guéguen faisant allusion aux taches qui commandent les peintures en 1951, mais Wols invente le genre d’art pendant l’après-guerre à Paris. Ayant son origine dans la peinture abstraite, les artistes composent leurs tableaux en y jetant impulsivement la « couleur vivante ». Les tachistes se décollent de toute raison et n’écoutent qu’à leurs inspirations spontanées. Curieusement, l’Action Painting qui se servit des méthodes pareilles est né en même temps indépendamment aux Etats-Unis, avec Jackson Pollock comme le représentant le plus connu.

Libéré de toute formalité et ayant enterré l’illusion que l’art pourrait améliorer le monde, les tachistes montrent les impressions authentiques – la colère, la tristesse et la mélancolie – d’une nation désillusionnée. En outre, le tachisme ne suit plus la contrainte à un message, « l’informel » est prédominant. Paradoxalement, juste cette stupeur des peintres offre de l’espace pour une interprétation sans limites.

Wols est certainement le peintre qui – au-delà de l’avoir crée – s’exprime le plus dans le tachisme. Inspiré par non seulement le surréalisme en général, mais encore le constructivisme de Paul Klee il développe une méthode pour décomposer toute forme. De cette façon il montre le délaissement de l’homme, son art surpassant tout art précédent. Wols détruit tout. Aucune œuvre n’avait jamais symbolisée une telle liberté. Pas sans raison, le tachisme de Wols est mis au même rang avec l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, contiendrant les mêmes idées fondamentales.

En vérité, les chemins des deux hommes se croisent : quand Wols illustre les ouvrages de Sartre, ce dernier se lance dans des études sur les peintres de son temps et leur influence sur les hommes, n’oubliant pas Wols. Fasciné par ce monde transcendant, Sartre constate que « l’art est le domaine où l’irréel triomphe »17 – un sphère qu’on ne peut pas saisir avec les mots.


1.4.3 Dans la musique : Juliette Gréco


Juliette Gréco.

Juliette Gréco est née en 1927 à Montpellier. En 1946 elle ouvre le Tabou à Paris. Vite apprécié par les existentialistes comme un lieu correspondant à leur art de vie, le club devient légendaire. Juliette Gréco avec sa voix rauque et veloutée est vénérée la « reine des existentialistes » et la « muse de Saint-Germain-des-Prés », maintiendrant des amitiés avec la fine fleur des intellectuels de Paris – parmi eux rangent entre autres Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Maurice Merleau-Ponty, Jean Cocteau et Boris Vian. Le style de la chanteuse – toujours noir, vicieuse, existentialiste – est copié mille fois. Elle est l’idole de la jeunesse du Paris de l’après-guerre.

« On fait bien des pièces pour certains acteurs, pourquoi ne ferait-on pas des poèmes pour une voix ? […] C’est grâce à elle, et pour voir mes mots devenir pierres précieuses, que j’ai écrit des chansons »18 – cette citation fait preuve de l’admiration de Jean-Paul Sartre à l’égard de Juliette Gréco. Elle interprète « Rue des Blancs-manteaux » (la chanson d’Inès dans Huis Clos), « Si tu t’imagines » et « L’Éternel féminin » d’une choix de poèmes lui présentée par Sartre.

Quand le succès du Tabou faiblit, celui de Juliette Gréco comme chanteuse atteint une apogée. Elle devient populaire dans le monde entier qu’elle enchante par ses chansons mélancoliques. Plus tard elle commence une carrière comme actrice, rehaussant des films comme Bonjour tristesse avec sa voix. Jusqu’à aujourd’hui la « muse des existentialistes » chante pour une audience toujours fidèle.


1.4.4 Dans la politique : Charles de Gaulle


Né en 1890 à Lille, le général de Gaulle est une personnalité indispensable à la politique de la France du XXe siècle.

Le 18 juin 1940 il lance son appel à la résistance contre le régime nazi de Londres via BBC aux Français. La libération de Paris est atteinte le 25 août 1944. L’année suivante, Charles de Gaulle devient le président de la république, utilisant cette fonction pour imposer des nouvelles réformes, une d’elles donnant le droit de vote aux femmes. Suite à un désaccord avec les partis politiques, de Gaulle démissionne en 1946, étant rappelé au pouvoir en 1958 à cause de la guerre d’Algérie. Comme résultat des longues négociations il reconnaît le droit à l’autodétermination du pays dans les accords d’Évian le 18 mars 1962.

Après sa réélection en 1965 il est confronté à la révolte des étudiants du mai 1968 qui met son autorité à vaciller, ne le conduisant quand même pas à démissionner. Dans son discours du 24 mai il annonce aux manifestants des nouvelles élections législatives, leur promettant une participation aux universités et aux entreprises industrielles. Ayant gagné les élections, Charles de Gaulle se donne à fond pour modifier la constitution par référendum – un effort qui est réduit à néant par 52,46 % de Français votant « non ». Par conséquence il quitte définitivement son pouvoir. Il meurt en 1970 à Colombey-les-deux-Églises.

De Gaulle à Sartre - Sartre à de Gaulle. Le Nouvel Observateur no128 Mai 1967.

Sartre montre franchement son antipathie pour le RPF (Rassemblement du Peuple Français) fondé par Charles de Gaulle, existant de 1947 à 1954. L’objectif principal de ce parti est de lutter contre l'avancée du communisme et d’imposer une nouvelle réforme de la constitution privilégiant le pouvoir exécutif. Le RPF s’oppose ainsi à la Quatrième République et aux communistes pour lesquelles Sartre a une certaine affection.

Le seul contact personnel entre les deux personnalités a lieu en 1967. Charles de Gaulle refuse un visa à Vladimir Dedijer, le président du tribunal Russell dont Sartre est membre, pour empêcher que le tribunal siège en France. Typiquement Sartre, il laisse la correspondance publier afin de rendre l’affaire publique.

Avec sa participation active aux manifestations du mai 1968 Sartre confirme encore une fois son point de vue, montrant son mécontentement avec les conditions de vie traditionnelles dans le gouvernement de Gaulle.



1.5 Les Temps Modernes


Les Temps Modernes.

En septembre 1944, des personnalités importantes, notamment Raymond Aron, Simone de Beauvoir, Michel Leiris, Maurice Merleau-Ponty, Albert Olivier et Jean Paulhan se réunirent sous l’initiateur Jean-Paul Sartre pour créer la revue Les Temps Modernes. Plusieurs restrictions lui accordent un début pierreux, mais le 15 octobre 1945 le premier numéro apparaît finalement chez Gallimard.

Cette revue est un retentissement de l’époque, soutiendrant les luttes sociales et économiques de la gauche avec l’arrière-pensée de libérer l’homme des limites mentales. Elle se prend la liberté de critiquer et de juger ce qui trouve beaucoup d’adversaires.

Au cours de la présentation des Temps Modernes, Jean-Paul Sartre manifeste les ambitions et le point de vue des fondateurs : « En résumé, notre intention est de concourir à produire certains changements dans la Société qui nous entoure [...] Nous nous rangeons du coté de ceux qui veulent changer à la fois la condition sociale de l’homme et la conception qu’il a de lui-même. Aussi, à propos des événements politiques et sociaux qui viennent, notre revue prendra position en chaque cas. Elle ne le fera pas politiquement, c’est-à-dire qu’elle ne servira aucun parti »19

Tous les auteurs publient de nombreux articles et ouvrages pour donner un nouveau sang à la littérature de leur temps, fondant ainsi une plate-forme pour la recherche théorique. Les « écrivains engagés », comme Sartre appelle les participants de son œuvre, établirent le manifeste pour un courant littéraire et philosophique qui n’avait jamais existé auparavant.

À partir des années soixante, la tendance des Temps Modernes devient plus politique, s’occupant des thèmes comme la guerre d’Algérie, le marxisme, le tiers monde et l’avenir de la gauche. Sartre considère maintenant le communisme « comme le seul moyen efficace pour lutter contre la droite »20. Les divergences d’opinions parmi les participants provoquent une dissimilation de certains membres, entre outres Albert Camus et Maurice Merleau-Ponty.

En 1995, Les Temps Modernes fête la rétrospective sur un demi-siècle de publications des écrivains estimés et des numéros spéciaux consacrés aux thèmes actuels.

Paru chez Gallimard de 1945 à 1948, chez Julliard de 1949 à 1965 et aux Presses d’aujourd’hui de 1966 à 1985, la revue retourne finalement chez Gallimard, à ses racines, en 1985.

Aujourd’hui dirigé par Claude Lanzmann, la revue n’a pas perdu de prestige et de contenu. Ce dernier est responsable pour le choix constitutif des auteurs et des articles publiés pour que Les Temps Modernes demeure une revue indispensable pour la culture et la politique de gauche en France ainsi que pour les fidèles lecteurs internationaux. La devise sartrienne pour pouvoir continuer à l’améliorer constamment : engagement et résistance.



1.6 L’existentialisme comme un phénomène culturel


Au cours de sa conférence L’existentialisme est un humanisme Jean-Paul Sartre affirme que sa doctrine est « […] strictement destinée aux techniciens et aux philosophes »21. Il ne s’était jamais attendu à un tel succès, n’ayant pas considéré que toute philosophie soit un retentissement de son temps, ses pensées correspondant alors à la mentalité prévalente dans la France de l’après-guerre.

Les années entre 1945 et 1956 peuvent à juste titre être qualifiées les « années Sartre », lui étant une vraie icône. Avec sa philosophie accessible à tous, ses ouvrages révolutionnaires, sa vie privée piquante et son engagement dans la politique le provocateur Sartre est toujours présent au public et écrit de l’histoire contemporaine. En 1948 le Vatican décide même de prendre des mesures contre lui en mettant son œuvre sur l’index des livres interdits, ayant reconnu son influence énorme sur les gens.

En effet, l’existentialisme est extrêmement attractif après la deuxième guerre mondiale sous l’aspect de la liberté individuelle et séduit les gens avides de pensées optimistes. Par ailleurs, la philosophie sartrienne offre aux Français une base de réflexion, elle les soutient de traiter les questions épuisantes concernant la culpabilité et la mort qui préoccupent toute la nation. Le courant existentialiste est exactement ce que les Français veulent après avoir compris, suite à la guerre, que l’homme est la plus grande menace de l’homme. Ils ont besoin de clarté sur leur être et questionnent le « bon Dieu ». La doctrine existentialiste devient parfois un substitut religieux.

Un style de vie est né avec tout ce qui y appartient. L’existentialiste typique est habillé d’un pull col roulé noir, dort dans une chambre d’hôtel délabrée, passe ses journées dans un café – en particulier le Café de Flore – et ses nuits dans un bar souterrain, surtout le Tabou, où ils se laisse captiver par les chansons mélancoliques de Juliette Gréco et Boris Vian. La vie des existentialistes se déroule dans le quartier parisien Saint-Germain-des-Prés.

Jean-Paul Sartre et ses compagnons sont vénérés par la jeunesse qui comprend à peine sa philosophie, et souvent mépris par les générations plus âgées à cause de leur mode de vie et leur franchise à l’égard de la sexualité. L’individualité de Sartre est souvent comprise de travers comme égoïsme. Mais le malentendu principal, c’est que l’homme libre puisse mener une vie gratuite. Beaucoup d’existentialistes autoproclamés vivent d’après cette fausse idée, diffamant l’existentialisme avec leur comportement irresponsable.

Café de Flore.

Avec son reportage « Voici comment vivent les troglodytes de Saint-Germain-des-Prés », paru dans Samedi soir le 3 mai 1944, Jean-Paul Sartre rend le « style de vie existentialiste » célèbre dans le monde entier.

2. Les doctrines de Jean-Paul Sartre


2.1 La condition de l’homme


« S’il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition »22. On peut considérer la condition comme les limites a priori23 qui forment le fondement d’une existence humaine dans le monde.

Les circonstances de vie varient avec les différentes époques, mais ce que ne change jamais, c’est que l’homme est dans la nécessité d’être en vie. Les conditions humaines sont ainsi pareilles pour tous. Une fois jeté dans le monde, l’homme « se réalise en réalisant un type d’humanité, engagement toujours compréhensible »24 qui donne à la vie de chacun une valeur universelle, reconnaissable partout et par tout homme. Pour cette raison, l’existentialiste parle d’une universalité humaine.


2.1.1 L’existence précède l’essence


Contrairement aux objets auquel l’homme donne une essence avant de les fabriquer, l’homme surgit dans le monde, n’ayant plus que son existence. Il « […] n’est d’abord rien. Il ne sera qu’ensuite, et il sera tel qu’il se sera fait »25. La subjectivité de l’homme détermine sa vie entière, en fait, elle lui est imposée comme un fardeau ; il doit se choisir sans avoir choisi sa situation. Son avenir est conçu comme un choix perpétuel car il n’y a pas de but fixe à atteindre, pas d’attente qu’un destin s’accomplira un jour – il faut que l’homme existe hic et nunc26. L’homme – « la réalité humaine », comme l’appelle Sartre – est contingence, c’est-à-dire liberté et indétermination.

Pour qu’il puisse faire l’expérience de son existence, il faut que l’homme éprouve le sentiment de la nausée.





2.1.2 La conscience


« Exister, c’est avoir conscience de cette ‘existence’ »27. Sans conscience de soi, on n’existe pas, parce que c’est elle qui nous distingue des objets. Sartre la définit ainsi : « La conscience […] est conscience d’un être dont l’essence implique l’existence »28. Elle revient seulement aux hommes et ne peut pas être évitée.

Pour clarifier le caractère unique de la conscience humaine, Sartre a développé une confrontation avec ce qu’on pourrait appeler « la conscience d’un objet ».

L’homme vit dans l’état du « pour-soi » – il possède une conscience pure qui est absolue parce qu’elle est la conscience de soi-même. En effet, il n’y a pas de distinction entre la conscience de soi et soi. L’homme est spontanéité et transcendance, il est capable de dépasser les limites de l’expérience et de la conscience même.

Contrairement, les objets ne sont que présence, totalement distincts d’une conscience quelconque. Ils se trouvent dans l’ « en-soi », une manière d’exister en plein sens du mot, indolents et inertes. Les objets sont « immanence29 qui ne peut se réaliser, affirmation qui ne peut s’affirmer, activité qui ne peut agir »30.


2.1.3 La liberté


« Si […] l’existence précède l’essence, on ne pourra jamais expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée ; autrement dit, il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est liberté »31 – une liberté qui existe sans aucun limite.

La « réalité humaine » consiste en deux dimensions différents : je suis que je suis – une facticité ; je suis que je ne suis pas encore – une transcendance. Qui je suis dépend à qui je serai, et, dans l’autre sens, qui je serai dépend à qui je suis. Tout comportement est le résultat de cette interaction, avec la liberté comme condition essentielle. C’est cette situation qui explique la nécessité de « la réalité humaine » de se concevoir continuellement de nouveau.

L’expérience existentielle de l’angoisse conduit l’homme à la révélation de sa liberté. Il est question de l’angoisse d’un possible qu’on ne veut pas réaliser qui se développe en l’angoisse du néant qui est capable d’empêcher ce possible. Si, par exemple, néant me force de sauver ma vie, néant me retient de me jeter dans l’abîme.

Seule notre liberté peut constituer nos limites – quand je dois m’arrêter à cause d’un abîme, je suis libre à décider si je me laisse soit restreindre par lui soit si je tente à trouver une possibilité pour le traverser. Toute facticité dans la vie peut alors être considérée comme obstacle ou comme défi.

« La République du silence ». Article paru dans Les Lettres françaises n°20 le 9 septembre 1944.

« Jamais nous n'avons été plus libres que sous l'occupation allemande ». Avec cette déclaration provocante, Sartre explique sa doctrine de la liberté à l’aide d’un problème actuel.

La problématique de cette théorie : même le prisonnier serait libre. C’est une contradiction qui, en principe, ridiculiserait toute la doctrine existentialiste. Mais Sartre réfute cela en expliquant que la peine de prison est seulement une facticité qui vient de dehors, qui est certes imposée à l’homme, mais qu’elle a seulement la valeur qui lui est donnée par l’homme.

Autrement dit, quand je suis, par exemple, incorporé à la guerre, je suis libre à voir mon service militaire comme une fuite des problèmes familiaux, et, en outre, je peux faire de cette guerre ma guerre en la choisissant jour par jour.

On peut ainsi établir le principe de la liberté : elle ne dépend pas aux possibilités réales de réaliser mes objectifs, mais de ma propre conception des facticités figées.


2.1.4 La responsabilité


La liberté n’est pas seulement une liberté de (de Dieu ou de n’importe quel déterminisme), mais en même temps une liberté à (à avoir la permission de tout faire) qui plonge l’homme dans la responsabilité totale.

« Si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de tout ce qu’il est »32. De plus, il est responsable du monde entier parce qu’en agissant, il est « l’initiateur » des événements dans le monde.

Une fois jeté dans le monde, je suis responsable de tout ce que je fais, et – plus pire – je suis responsable de tout ce qui arrive à moi : je ne peux pas me plaindre, je ne peux pas m’y accorder. Je suis même responsable de ma passion qui est normalement utilisée comme excuse pour des actes mal réfléchis. En effet, je suis responsable pour tout, sauf la responsabilité même – c’est la facticité de la liberté.


2.1.5 Le délaissement


Si Dieu n’existe pas, l’homme est attendu par un avenir vierge dans lequel il sera absolument délaissé. Rien ne lui vient du dehors, rien n’est ancré dans son être a priori – il est entièrement abandonné.



2.2 La situation de l’homme comme un choix libre


A cause de la liberté immédiate, nous sommes forcés à nous choisir. Sartre suppose comme le sens profond de l’existentialisme l’impossibilité de l’homme de dépasser la subjectivité humaine. Pourquoi alors est-il un humanisme qui a comme principe de concerner tous les hommes ? En choisissant, l’homme affirme la valeur de son choix parce qu’il ne choisira jamais le mal. Selon Sartre, rien du bon pour un homme ne peut être mauvais pour les autres. Ainsi, « en se choisissant il choisit tous les hommes »33.

En se créant, il façonne une image de ce qu’il veut être, et cette image est évident pour tous car c’est l’image d’un être humain. Puisque tout le monde comprend cette image la responsabilité d’un homme « engage l’humanité entière »34. Quand, par exemple, je choisis de me marier, je m’engage à l’humanité entière en me vouant à la monogamie qui est une conception compréhensible pour tous.

L’homme est alors le législateur de l’humanité parce que sa liberté implique que tout dépend à lui. Il ne peut pas se libérer de ce fardeau. Responsable pour cela est la condition du choix : « Le choix est possible dans un sens, mais ce qui n’est pas possible, c’est de ne pas choisir »35. Même ne pas choisir serait un choix.


2.2.1 L’homme doit s’engager


Etant donné que mes camarades sont libres, je ne peux pas compter sur eux. Après ma mort, ils décideront librement que sera l’homme, ils peuvent rejeter nos idéaux et commencer à lutter pour une autre conception de monde.

En effet, « les choses seront telles que l’homme aura décidé qu’elles soient »36. Mais cela ne doit pas être une raison pour moi de me laisser envelopper dans le quiétisme – la seule chose que je peux faire est m’engager sans avoir aucun espoir. J’entreprendrai sans illusion ce que sera en mon pouvoir. Car, en dehors de mon propre engagement, je ne peux pas compter sur rien et personne.

L’engagement est incontournable, et, en outre, il est nécessaire pour donner un sens à ma vie en étant la seule possibilité de changer ce que m’entoure.


2.2.2 L’homme est ce qu’il se fait


Puisque l’existence précède l’essence, l’homme a un avenir vide devant soi. Il est conscient qu’il est obligé de se projeter dans l’avenir. « L’homme sera d’abord ce qu’il aura projeté d’être »37. Ses actes sont caractérisés par l’intentionnalité – ils se définissent par l’intention, vers une fin visée. Pour cette raison, l’homme est un projet de soi-même. Il « est non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut, et comme il se conçoit après l’existence, comme il se veut après cet élan vers l’existence, l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de l’existentialisme »38.

Pour cela, l’homme n’est rien d’autre que l’ensemble d’une série d’entreprises, il n’est plus exactement rien d’autre que sa vie – l’artiste ne peut pas être uniquement jugé d’après ses œuvres ratés ou réussis, toute sa personnalité contribue à le définir. Tenant compte toutes les facettes de la vie d’un homme, l’existentialisme se considère apprécier la dignité humaine à sa juste valeur.



2.3 La mauvaise foi


« L’homme est condamné à être libre »39. Paradoxalement, il ne choisit pas librement d’être libre, alors il tente de cacher cette présence à soi pour qu’il puisse se dérober à sa propre responsabilité. La fuite de la contingence en inventant un déterminisme, utilisant des mensonges pour justifier cette imagination, c’est que Sartre appelle « la mauvaise foi ».

Tout homme refusant de prendre conscience de sa liberté tombe dans l’état de la mauvaise foi. Selon Sartre, l’humanité distingue entre ceux qui existent « authentiquement » – qui acceptent leurs conditions d’être (leur « pour-soi ») – et ceux qui se réfugient dans l’ « en-soi ». L’existence de ces derniers est « inauthentique » et de mauvaise foi.

Pour l’existentialiste, des excuses ne sont pas compatibles avec la réalité. Il ne peut pas trouver de la consolation en se disant, par exemple, « Je n’ai pas eu de grand amour […], mais c’est parce que je n’ai pas rencontré un homme ou une femme qui en fussent dignes »40 car il n’y a pas d’amour autre que celle pour laquelle on s’engage. L’existentialiste est conscient de sa situation, sachant que l’homme est ce qu’il se fait et qu’il est le seul responsable pour le déroulement de sa vie.

La mauvaise foi consiste dans un certain art de former des concepts contradictoires pour se décoller de la responsabilité du choix. D’après Sartre, l’homme a l’obligation de se faire être ce qu’il est en existant et en se choisissant chaque moment – il ne peut pas anticiper l’avenir ou retenir le passé.


2.3.1 Les tentatives pour se mettre d’accord


Il y a deux possibilités pour venir à bout avec le sentiment profond de la liberté incontournable qui est souvent accompagnée par l’angoisse41. Quelques gens masquent leur angoisse avec aisance et s’enfuissent dans la mauvaise foi en trouvant d’excuses pour leur existence. L’angoisse les empêche de s’engager – Sartre leur reproche d’être lâche et mal à l’aise avec leur conscience.

L’existentialiste se permet de porter un jugement moral à eux, déclarant que « la liberté […] ne peut avoir d’autre but que de se vouloir elle-même »42. L’homme doit reconnaître les avantages du délaissement et s’assurer que l’angoisse fait partie de l’action même, avec la conséquence qu’il ne peut plus vouloir que la liberté comme fondement de toutes ses valeurs. Un homme de « bonne foi » est arrivé à cette connaissance et vit avec l’ultime objectif de profiter de la liberté qui lui est donnée.



2.4 L’individu et les autres


« La liberté de l’autre m’est donné comme un fardeau »43, compte tenu du fait que ma liberté se termine où celle de l’autre commence. Le conflit est le sens initial du rapport entre les hommes. C’est plutôt un conflit intérieur de chacun qui parvient à la conclusion qu’il n’est pas en mesure de constituer l’autre.

Il y a une hiérarchie de la coexistence des êtres que Sartre appelle « l’intersubjectivité » dans laquelle l’homme fait la distinction de ce qu’il est et ce que sont les autres. Au début, on est « pour-soi » et ne reconnaît pas l’autre que comme objet.

L’émotion déterminante qui nous ouvre les yeux brusquement, c’est la honte : elle nous dévoile que l’autre existe. Le caractère particulier de la honte, c’est que je n’ai que honte quand je suis pris sur le fait par un autre qui m’impose, en ce moment, le statut d’un objet. Jamais dans mon état d’être « pour-soi », je suis capable d’éprouver cela de moi-même. En m’accordant ce statut, l’autre me constitue comme « pour autrui ».

Paradoxalement, l’homme assume l’autre en ne pas assumer la nouvelle image de soi-même jeté dans le monde par lui. Le refus et la négation provoquent que l’autre existe.

A l’égard du « pour autrui » et à l’égard de l’autre, l’homme a deux possibilités. Il peut soit nier l’être qui lui est imposé par l’autre en lui constituant comme objet, soit s’emparer de la liberté de l’autre. Ce dernier est un désir pas conscient qui est toujours présent et se montre dans nos actions. Jean-Paul Sartre y donne l’exemple de l’amour. Selon lui, c’est une tentative de posséder la liberté d’un autre en la reconnaissant et l’utilisant pour atteindre ce qu’on veut en exerçant une influence sur elle pour qu’elle s’abandonne. « […] dès qu’il m’aime, il m’éprouve comme sujet et s’abîme dans son objectivité en face de ma subjectivité »44.

En plus, même si nous essayerions de respecter la liberté d’autrui sans des arrière-pensées, chacune de nos activités qui concernent l’autre serait « un viol de cette liberté que nous prétendons respecter »45. C’est la raison pour laquelle les rapports de l’homme avec l’autre sont toujours condamnés à l’échec.

Dans la relation avec l’autre en tombant dans l’état du « pour autrui », l’homme reste libre parce qu’il se choisit comme liberté, reconnaissant qu’elle est limitée par l’autre. En effet, ma liberté dépend entièrement de celle de l’autre. Pour que ma liberté existe, il faut que celle d’autrui existe aussi. Par conséquence, je dois avoir la liberté des autres pour but, sinon je ne peux pas prendre la mienne pour but.


2.4.1 Le regard des autres


Etre vu par autrui, c’est être sans défense. Je suis dépossédé de ma subjectivité par son regard, il me force de reconnaître son existence en me laissant ressentir l’enfer de la honte.

Le regard de l’autre est le rapport fondamental avec son être, plus exactement, avec la perception de mon propre être. Il me révèle une vérité pas encore connue, une manière d’être qui m’échappe dans mon « pour-soi ». En me regardant comme objet, il me déboussole et me fait questionner mon existence.

Les autres menacent celui qui est l’essence du « pour-soi » : la liberté. D’une part, leur regard me détache de ma liberté en me livrant à eux, d’autre part, c’est une condition indispensable à faire l’expérience du « moi ».

La glace est la seule possibilité de me voir comme je suis perçu par les autres. J’ai besoin de créer une image convaincante de moi devant le miroir que je peux ensuite présenter à autrui, essayant de le tromper avec ma façade de laquelle j’espère qu’il le reconnaîtra comme impression universelle.


2.4.2 L’enfer, c’est les autres46


Selon Sartre, l’enfer, c’est l’incontournable présence des autres dans l’infinité, comme il le décrit dans Huis clos. En réalité, cette situation peut être transmise à beaucoup de scénarios dans la vie, étant donné le fait que nous ne pouvons pas échapper à une vie sociale. L’homme est entouré par les regards des autres s’accompagnant avec le « pour autrui », l’ultime restriction de la liberté à se réaliser.



2.5 La morale existentialiste


La philosophie existentialiste de Jean-Paul Sartre basée sur la liberté exige un fondement éthique pour pouvoir être durable dans le monde critique.

Un accompagnateur inséparable de la liberté, c’est le délaissement sur le plan moral. L’homme ne sait pas a priori ce qu’il y a à faire car ils n’existent pas de valeurs a priori. Alors, il est obligé de risquer une déviation de la situation escomptée en inventant sa loi lui-même. Tout simplement dit, « l’homme se fait ; il n’est pas tout fait d’abord, il se fait en choisissant sa morale, et la pression de circonstances est telle qu’il ne peut pas ne pas en choisir une »47.

Toute morale exige des valeurs pour exister. L’homme a donc en premier lieu besoin d’inventer ses propres valeurs, c’est-à-dire le Bien qu’il faut suivre et le Mal qu’il faut éviter. Selon l’existentialiste, la vie n’a pas d’autre sens que celui qu’on lui donne, et ce sont les valeurs qui incarnent ce sens.

Les particularités de la morale existentialiste se laissent faire ressortir mieux en comparaison avec des morales opposées.

Premièrement, l’existentialisme se distingue du quiétisme – une attitude passive de l’âme, marquée par l’aspiration à une piété divine – en étant une philosophie de l’engagement. Une vie dépendante à la bonté de Dieu est moralement inadmissible pour Sartre qui ne voit de réalité que dans l’action et décrit l’homme comme l’ensemble de ses actes.

La morale existentialiste est aussi juxtaposée à un certain type de morale laïque qui supprime Dieu, mais suppose que les valeurs existent a priori.

Enfin, Jean-Paul Sartre veut démontrer la différence entre la morale du radicalisme et celle de l’existentialisme qui sont souvent assimilées. Le radicalisme avec le credo « rien ne sera changé si Dieu n’existe pas »48 pense que les valeurs vont de soi, ne tenant pas compte qu’il fait ainsi de Dieu une hypothèse périmée. Au contraire, l’existentialiste trouve le fait que Dieu n’existe pas très désagréable car seule son existence justifierait de se conformer à des valeurs fixes pour tous. L’homme se trouve dans une situation problématique : comme Dostoïevski avait déjà constaté : « Si Dieu n’existe pas, tout serait permis »49. L’homme doit remplir la tâche difficile de vivre sans valeurs universelles – il est pleinement responsable de tout ce qu’il fait.



2.6 La mort


Selon Sartre, nous ne sommes pas « libres à mourir », mais des « mortels libres ». Pour le dire avec Épicure : « la mort n'est rien pour nous, puisque lorsque nous existons la mort n'est pas là et lorsque la mort est là nous n'existons pas »50.

La mort comme inévitable restriction de la liberté serait une preuve de la faillibilité de la doctrine de Jean-Paul Sartre, alors il se servit de la dialectique pour réfuter cet argument.

La mort, pour lui, a un caractère absurde – elle n’est qu’une facticité contingente ultérieure : « La mort est un pur fait, comme la naissance ; elle vient à nous du dehors et elle nous transforme en dehors »51.

L’irréversibilité du temps n’existe pas à cause de la mort, mais à cause de la liberté : être fini, c’est se décider pour une seule possibilité avec exclusion des autres quand nous nous définissons. Pour cette raison, la mort n’est pas un signe de la finitude parce que cette dernière est une structure ontologique du « pour-soi » : nous resterions finis même si nous étions immortels – en nous choisissant. « Si je me fais, je me fais fini et, de ce fait, ma vie est unique »52. On peut conclure que notre vie n’est pas unique grâce à la mort, mais grâce à la subjectivité que nous rassemblons en étant libre.


2.6.1 La « vie morte »


Seul pour l’autre, ma vie se termine avec ma mort. Quand je suis mort, je ne peux plus me défendre, je ne peux plus déterminer ma vérité moi-même, mais la vérité sera ce que les autres propageront de moi. Je suis dépossédé, devant supporter tous les avis qu’ils ont de moi, et, encore plus pire, je dois supporter de rester dans leurs mémoires comme un objet. « Être mort, c’est être en proie aux vivants »53.



2.7 Les visions pessimistes


Les doctrines de Jean-Paul Sartre exposant l’homme comme un être sans excuses, sans appui et sans refuge peuvent transmettre une impression assez désenchantée de la vie. Le succès de l’existentialisme, fond-t-il alors sur des théories pessimistes qui fascinent les gens ? Un certain pathos ne peut pas être nié, mais ce n’est pas ce que Sartre a voulu provoquer avec sa philosophie – au contraire, elle possède un caractère strictement ontologique !

En tout cas, l’existentialisme touche les émotions du grand public qui a malheureusement tendance à le comprendre de travers parce qu’il ne s’y connaît pas suffisamment. Sartre donne l’exemple amusant d’une femme qui, après avoir utilisé un mot vulgaire, s’est excusé avec la déclaration « Je crois que je deviens existentialiste »54. Le malentendu prévalant, c’est que l’existentialiste met l’accent sur les mauvaises aspects de la vie.

Il y a de nombreux reproches, le premier pas est fait par les communistes, dénonçant que Jean-Paul Sartre lance un appel aux gens de sombrer dans le désespoir. La contemplation55 est vilipendée par eux comme un luxe, étiquetant l’existentialisme ainsi comme philosophie bourgeoise. En plus, ils lui reprochent de négliger la solidarité humaine en décrivant l’homme comme condamné à être incapable de maintenir une relation avec autrui.

Les marxistes, eux, reprochent à la philosophie sartrienne de montrer seulement le mal dans le monde et de renoncer à mentionner le bien.

Les chrétiens enfin disent qu’en supprimant l’infaillibilité de dieu, les existentialistes mènent une vie gratuite où tout est permis.

En outre, l’avis que la dureté optimiste de l’existentialisme soit même pire qu’un pessimisme trouve beaucoup de supporteurs. Selon Sartre, les gens ont peur de vivre une vie dépendante du choix libre, alors ils inventent des reproches pour se rassurer.

Ils sont effrayés par la pensée que chacun est responsable de ce qu’il est. Le lâche n’est pas lâche à cause de l’hérédité, de l’environnement ou d’un déterminisme – il s’est choisi ainsi, il est coupable de l’être. Il n’y a pas de tempérament lâche ou héros. Le lâche n’est pas né lâche, il ne mène pas une vie tranquille, sachant qu’il sera lâche pour l’éternité – il est né sans aucune essence et tout ce qu’il est, il le sera fait.



2.8 Les visions optimistes


L’existentialisme est une doctrine optimiste ! En effet, « il n’y a pas de doctrine plus optimiste, puisque le destin de l’homme est en lui-même »56. Il s’agit d’une philosophie d’engagement, faisant l’espoir réellement accessible parce que l’espoir n’est que dans l’action. L’existentialiste se consacre à se retrouver lui-même toute sa vie, l’existence de Dieu – s’il existerait – ne jouerait aucun rôle et n’y changerait rien.

D’ailleurs, l’existentialisme est une doctrine s’appuyant sur la vérité, déclarant qu’il n’y a pas de vérité autre comme point de départ que « je pense donc je suis »57. Se fondant sur l’unique vérité absolue de la conscience, l’existentialisme peut se nommer ferme et digne de foi.

Étant fermement convaincu de sa doctrine, Jean-Paul Sartre peut réfuter les reproches qu’elle soit immorale, cynique et pessimiste dans une façon convaincante et avec une bonne conscience.

En reposant sur la subjectivité humaine, Sartre considère l’existentialisme comme la seule philosophie accordant une dignité à l’homme. Contrairement au matérialisme, une doctrine philosophique supposant que toute réalité – l’âme, l’esprit et la pensée compris – est due aux forces de la matière et ainsi traitant l’homme comme objet, l’existentialisme représente l’opinion que chaque homme est un sujet individuel. Les existentialistes déclarent que la subjectivité est le fondement de toute action et toute vérité.

Pour cette raison, l’existentialisme est un humanisme58, entendu par Sartre comme « une doctrine qui rend la vie humaine possible »59. La particularité de l’humanisme existentialiste, c’est de ne pas considérer l’homme comme fin parce qu’il ne finit jamais à se réaliser. Il est plutôt un subjectivisme60 offrant un milieu humain pour empêcher que l’homme s’enferme en lui-même.



3. Les œuvres existentialistes de Jean-Paul Sartre, illustrant ses doctrines


La particularité des œuvres existentialistes de Jean-Paul Sartre, c’est que ses pensées philosophiques sont partout retrouvables sans compliquant la lecture. Par contre, elles la font d’autant plus intéressante. Les caractères absolument lucides, étant au courant de leur être, leur liberté, leur condamnation à l’indétermination et leurs difficultés de s’accorder avec que Sartre jette dans le monde de la littérature effrayent les gens par leur nouveauté et les forcent de questionner leur propre vie.

L’existentialisme s’empare aussi du théâtre – philosophie, poésie et transcendance sont des composants essentiels, la mystique prend souvent la place de la réalité. Le théâtre de l’après-guerre jouissant d’une nouvelle franchise contient des sujets osés, séparant une population qui a besoin d’orientation – les uns en sont fascinés, les autres le contestent d’une façon véhémente.

Avec l’homme au milieu du contenu, les pièces révolutionnaires sont un vrai défi pour les acteurs. Sartre a l’intention de ne pas réduire le théâtre à une fonction critique – il veut au-delà enchanter l’auditoire avec une certaine magie ce qu’il maîtrise avec brio.



3.1 Le mur

Nouvelle, 1937.

Le Mur. Livre de poche, 1963. Collection particulière.

3.1.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations


Pendant la guerre civile de l’Espagne, les trois prisonniers Tom, Juan et Pablo qui ne se sont jamais vus auparavant passent le dernier jour qui leur reste sur la terre ensemble dans une cellule glaciale. Privés de tout droit à questionner « pourquoi », les condamnés à mort ne peuvent plus faire qu’arrêter.

Curieusement, Pablo n’est pas emmené dans la cour comme les deux autres. Il est laissé seul, devant entendre les salves destinées à les tuer.

Les miliciens lui donnent la possibilité de sauver sa vie en livrant son camarade Ramon Gris qui n’est pas encore arrêté par le militaire. Pablo sait bien où son ami se trouve, mais il n’a que l’intention d’utiliser son pouvoir pour se moquer des militaires. Il leur fait une farce, les envoyant à la fausse cachette, suivant son désir profond de les voir faire un effort en vain. Son étonnement est grand quand il lui est annoncé qu’il ne sera pas fusillé – jusqu’au moment où un nouveau prisonnier lui raconte ce qui s’était passé sur Gris. Ce dernier avait changé de cachot et la police l’avait trouvé – un hasard malheureux, comme il semble. Seul Pablo sait la vérité – il avait livré son ami en suivant le besoin égoïste d’induire les militaires en l’erreur présumé.


La bonne âme Tom Steinbock, Irlandais, fait de la gymnastique pour se distraire, l’abandonnant peu après, résignant. Il ne veut pas se rendre compte qu’il a tué six hommes, il ne peut pas encore réaliser ce qui se passe sur lui. Ayant l’esprit pratique, il faut qu’il parle pour pouvoir se reconnaître bien dans ses pensées, pour gagner conscience de sa situation désespérée, comme il explique à Pablo. En vérité, il parle pour s’empêcher de faire juste cela – penser. Le paradoxe, c’est qu’il réussit à s’imaginer tout comme dans un cauchemar – les fusils braqués sur lui, la vaine tentative de disparaître dans le mur, l’agonie – mais il n’arrive pas à comprendre ce que cela veut dire pour lui. « […] on a tout le temps l’impression que ça y est, qu’on va comprendre et puis ça glisse, ça vous échappe et ça retombe. Je me dis : après, il n’y aura plus rien. […] Je vois mon cadavre : ça n’est pas difficile mais c’est moi qui le vois, avec mes yeux. Il faudrait que j’arrive à penser… à penser que je ne verrai plus rien et que le monde continuera pour les autres »61. Même pas peu avant qu’il soit fusillé, Tom ne se rend pas vraiment compte de sa finitude.

Le deuxième prisonnier Juan Mirbal est presque un enfant. Frère d’un militant, il doit mourir n’ayant rien fait. Le petit a beaucoup de pitié de lui-même qui change dans une apathie paralysée en lui comprenant que toute sa lamentation ne fléchit personne. La bouche ouverte, ne pouvant ni parler ni crier, toute sa jeunesse souffle pendant que son visage est défiguré par la souffrance.

Enfin, il y a l’Espagnol Pablo Ibbieta, le narrateur de la nouvelle. Il avait abandonné son cachot pour ne plus être seul, mais maintenant, entouré par des êtres humains, il n’aimerait rien plus que cela. Les autres le dégoûtent, il ne peut même pas avoir pitié avec Juan. Il est le seul caractère étant conscient de son imminent avenir, mais quand même un poids anonyme pèse lourd sur son âme. Pablo ne pense plus – cela lui est impossible car sa son âme est pleine de sentiments écrasants en même temps que futiles. Par ailleurs, il prend la décision de ne pas vouloir mourir comme une bête. Il ne s’arrache pas les cheveux pour exprimer son déchirement intérieur – il garde sa dignité humaine jusqu’à la fin ce qui se montre aussi en lui ne demandant jamais pardon aux gardiens. La mort ne l’angoisse pas, elle la désenchante – « quelques heures ou quelques années d’attente c’est tout pareil, quand on a perdu l’illusion d’être éternel »62.


3.1.2 Contenu et interprétation


La mort est le sujet prévalant de la nouvelle. Du fait qu’ils doivent mourir, les trois hommes tourmentés par l’inconnu qui ne pourraient pas être plus différents se ressemblent. Ils se trouvent dans une situation grotesque, éternelle et éphémère en même temps, où il n’y a aucune protection contre les regards des autres. Le désenchantement de la mort leur montre qu’ils n’ont rien d’individuel, qu’ils sont – dérobés de leurs espoirs et de toute façade et réduits à un minimum de ce qu’ils étaient une fois – « […] pareils et pires que des miroirs l’un pour l’autre »63. La souffrance les unit sur un niveau transcendent qui n’est pas accessible autrement, tous sont occupés par une seule pensée : « ça n’est pas naturel de mourir »64. Ils n’arrivent pas encore à comprendre qu’ils sont finis.

Finalement, la conscience de leur propre mortalité est bouleversante, écrasant tout autour d’elle, rendant toute autre chose insignifiante.

Le symbole caractérisant cet état, c’est le mur devant lequel l’exécution prend place qui ne peut pas être repoussé. Il représente l’irréversibilité du temps et la finitude de l’homme. La situation de ces hommes dans l’attente du peloton d’exécution est comparable avec celle de chaque homme devenant conscient qu’il ne peut jamais retourner, se retrouvant ainsi devant un mur consistant en incertitude et angoisse.



3.2 La nausée

Roman, 1938.

3.2.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations


L’écrivain Antoine Roquentin, âgé de 30 ans, mène une vie seule à la ville française de Bouville, inspirée de Le Havre. Le 25 janvier 1932 il commence à écrire un journal intime après avoir vu quelque chose qui l’avait dégoûté. Soit la mer, soit le galet – il ne le sait plus. Il est décidé d’aller au fond de ces changements qu’il ressent concernant les objets.

La nausée. Livre de Poche, 1958. Collection particulière.


Avec Antoine Roquentin, Sartre crée un caractère complexe qui arrive à beaucoup de connaissances, payant avec ses illusions.

Le protagoniste n’est pas intégré dans la société. Bien qu’il soit habitué au café Rendez-vous des Cheminots, il n’avait jamais essayé d’y nouer des liens. Uniquement avec la patronne du café il maintient ce qu’on pourrait appeler une relation – ils font l’amour sans sentiments pour se purger de certains mélancolies. Pour cette raison, son journal intime lui donne de l’appui – un appui qu’il ne se laisse pas offrir par les hommes.

La seule relation qui n’avait jamais de l’importance pour lui était celle avec Anny, l’amour de sa vie. Ils ne se sont pas vus depuis six ans, mais quand il reçoit une lettre d’elle, il garde conscience qu’il se sent vide sans elle. Cette pensée lui était venue de temps en temps, mais il avait toujours évité de la suivre jusqu’à la fin. Cette femme exerce une magie impérieuse et charmante sur son environnement, elle ensorcelle Antoine avec son caractère individuel. Maintenant, il éprouve le fort sentiment de la solitude en reconnaissant sa faute irréversible : « Je ne devrais pas me plaindre : je n’ai voulu qu’être libre »65. Après avoir rencontré Anny à Paris, il doit accepter que ce chapitre de sa vie amoureuse soit condamné à se terminer – bien qu’il souhaiterait passer sa vie avec elle, il sait qu’il ne la verrait plus jamais.

Au cours du livre, la superficie flegmatique d’Antoine s’effrite peu à peu et révèle une personnalité angoissée et labile. Il a honte de l’ennui qu’il sent de plus en plus fréquemment – l’ennui de sa nue existence dans laquelle il n’a rien à se plaindre. Sa plus grande crainte, c’est de faire peur aux jeunes garçons comme vieil homme tout amer.

L’homme aux cheveux roux et rayonnants comme une flamme n’est pas du tout habituel ce qui se montre dans ses habitudes. C’est une joie pour lui de prendre des papiers ramassés dans sa bouche. S’il n’en est pas capable, il tombe dans une crise existentielle, se sentant privé de toute puissance. Une autre occupation qui l’accomplit entièrement, c’est d’observer les gens – d’une part une sorte de paradoxe tenant compte son caractère introverti, d’autre part un dédommagement bien compréhensible. Dans son journal intime il note beaucoup de petits extraits de la vie des gens divers – c’est comme si on ouvre un livre par hasard, lit quelques pages et le ferme après.

Antoine est cultivé et éloquent – son horizon est élargi par beaucoup de voyages auxquels il se réfère souvent dans son écriture. Obsédé par le marquis de Rollebon, une personnalité historique en lequel il croit exister, le protagoniste passe ses jours dans la bibliothèque, sombrant dans ses recherches.

A cette occasion l’autodidacte, un drôle personnage, entre dans la vie d’Antoine et le confronte avec une diversité d’avis desquels il attend que l’écrivain prenne position. Contrairement à Antoine, ce dernier s’est procuré tout son savoir à l’aide des livres – avec la particularité qu’il a pour but de les avoir tous lus : de A à Z. L’autodidacte est le seul et plus grand admirateur de M. Roquentin, surtout de son expérience de la vie, des expériences qui ne sont pas retrouvables ni dans les livres ni compréhensibles du point de vue rationnel.

Il est ce qu’Antoine appelle un « humaniste de province »66 – il aime les hommes dans une façon naïve et irréaliste. Selon Roquentin, les différents types d’humanistes se détestent tous mutuellement – comme des individus, pas comme des hommes – mais l’autodidacte n’aperçoit pas cette différence. Il s’est même réjoui de sa vie comme prisonnier parce qu’il appréciait la communauté des hommes – « Je ne crois pas en Dieu ; son existence est démentie par la Science. Mais, dans le camp de concentration, j’ai appris à croire dans les hommes »67. Avec sa ténacité provocante, l’autodidacte est le premier homme qui amène Antoine à justifier sa mode de vie. Une situation typique est la conversation dans le café où il réussit que l’écrivain définit sa position à l’égard des hommes : « Je ne commettrai pas la sottise de me dire ‘anti-humaniste’. Je ne suis pas humaniste, voilà tout »68. Jamais auparavant, Roquentin s’était donné la peine de trouver une justification pour n’importe quoi. L’autodidacte est aussi déterminant pour l’abandon de l’œuvre sur le marquis de Rollebon. En inquiétant Antoine avec la question pourquoi exactement il écrit, il le force à parvenir à la connaissance qu’il n’écrit pas pour être lu, mais seulement pour écrire. L’auteur s’avoue ainsi ce qu’il avait remarqué depuis longtemps : le marquis est mort pour lui, il ne continuera pas à tenter de le ranimer par un livre.

Sa vie prend fin avec la décision de quitter le travail sur le marquis mystérieux. « Jamais un existant ne peut justifier l’existence d’un autre existant »69. Maintenant, il n’a plus de perspectives, il a abandonné tout espoir. En outre, il ne veut plus rien faire : « faire quelque chose, c’est créer de l’existence – et il y a bien assez d’existence comme ça »70. L’ennui profond l’entoure comme un manteau. Uniquement le son de la voix d’une chanteuse noire a la force de le renvoyer dans le monde mystique qu’il avait perçu autrefois, avant que la nausée soit devenue son état normal. Il parvient à la conclusion que le seul but de l’homme peut être de s’accepter comme sa liberté, une liberté qui « ressemble un peu à la mort »71.


3.2.2 Contenu et interprétation


Détail de Melancolia I d’Albrecht Dürer.

Le projet brut de La nausée s’appelle Melancholia, d’après le tableau de Dürer qui montre la personnification de la mélancolie.

Les thèmes clés dans le livre sont le procès de développement de l’homme qui découvre peu à peu son existence privilégiée et sa difficulté de s’accorder avec.

Le fondement des changements inquiétants venant de l’intérieur d’Antoine, c’est la nausée, un sentiment collant à l’homme du premier pressentiment, ne le quittant plus jamais. Il s’y agit d’une émotion sournoise proportionnelle à la conscience sur ce point qu’elle augmente avec chaque nouvelle connaissance que l’homme gagne sur soi-même et la texture du monde. La nausée retient prisonnier l’homme dans un cercle vicieux duquel il ne peut pas s’enfuir parce que son besoin de savoir ne le permet pas.

Le dimanche oublié par Antoine est destiné à devenir un jour extraordinaire en décontenançant le protagoniste dès le début. Celui-ci est en quelque sorte forcé à reconnaître sa vie seul à seul – sans aucune occupation comme excuse, tout nu, ce qui est le premier pas à la révélation de son existence : « […] il m’arrive que je suis moi et que je suis ici »72.

Trois semaines plus tard, au Jardin public, les pensées lui arrivent par étapes, elles s’avançant lentement pour se précipiter brutalement jusqu’à l’apogée du sentiment d’existence. Le raisonnement confus d’Antoine commence avec l’évanouissement des mots, suivi par la disparition de toute réalité crée par les hommes, laissant les choses comme une masse noire et indéfinissable. Cette conscience de la différence entre l’homme et les objets est le déclencheur de l’ultime perception de son existence : « Ça m’a coupé le souffle. Jamais, avant ces derniers jours, je n’avais pressenti ce que voulait dire ‘exister’ »73.

Un flot de sentiments abstraits l’envahit, lui dévoilant que toute individualité des choses n’est qu’un décor, un vernis entourant « des masses monstrueuses et molles, en désordre – nues, d’une effrayante et obscène nudité »74. Antoine constate le caractère louche des objets avec la conséquence qu’il plonge dans une extase horrible, captivé par des impressions pas concrètes.

Le monde de l’existence n’est pas compréhensible avec la raison – c’est un monde de l’absurde, c’est l’absolu. Soudain, il comprend : il possède la nausée, c’est par elle qu’il se distingue des objets. « L’essentiel, c’est la contingence. […] l’existence n’est pas la nécessité. Exister, c’est être là, simplement »75. Seul l’homme est contingent – il n’existe pas seulement, il existe avant avoir été constitué, il n’y a personne qui détermine son essence, il est délaissé devant une gratuité immense. Les choses, eux, existent certes, mais elles étaient déterminées d’abord.

Après ce bref moment d’illumination, le raisonnement d’Antoine s’envole, il ne peut plus le contrôler. A-t-il tout rêvé ? Il sent une énorme présence illimitée, la présence des choses, de soi-même, tout est de trop, tout se mélange – « une confiture. Et j’étais dedans, moi, avec tout le jardin »76. Un sentiment profond de la saleté s’empare de lui, et abruptement, tout magie et toute peur de l’instant disparaissent. Antoine Roquentin a révélé le secret de l’existence humaine.



3.3 L’être et le néant

Essai d’ontologie phénoménologique, 1943.

3.3.1 Le contenu


Avec son chef-d’œuvre, Jean-Paul Sartre présente une doctrine de l’existentialisme précisément développée. Il y fonde une ontologie phénoménologique de la liberté, étudiant « l’homme en situation » qui se définit dans son rapport au monde et à lui-même.



3.4 Les mouches

Pièce de théâtre, 1943. Première représentation : Paris, au Théâtre de la Cité, 1943.

3.4.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations


Argos, une ville dans la vielle Grèce. Oreste, cru mort, vient pour venger le meurtre de son père Agamemnon, commis par le roi actuel Égisthe avec l’appui de la mère du héros, Clytemnestre, il y a 15 ans. Il a pour but de libérer sa sœur Électre qui souffre sous le traitement indigne de sa mère et son beau-père. Le jour même, une fête des morts prend place, un moyen du roi pour faire peur aux gens superstitieux. La tentative d’Électre de mettre fin à ce culte est déjouée par Égisthe qui l’exile ensuite d’Argos. Oreste se fait connaître à sa sœur et dévoile à elle son intention de tuer le couple royal afin d’installer en lui les repentirs du peuple pour le soulager. Après avoir commis le crime ensemble, Électre, dévorée par le remords, est séduite par le vicieux Dieu Jupiter. Contrairement, Oreste, conscient de son délit, n’est pas envahi par le repentir, il achève son projet de libérer le peuple.


Le protagoniste Oreste a 18 ans. Il est entièrement innocent quand il vient à Argos. Le jeune homme intelligent a beaucoup voyagé mais n’avait jamais appartenu quelque part. Il envie les gens engagés qui étaient nés engagés, sans aucun choix, vivant pour atteindre le moment où leur acte est venu. Lui-même, il est libre. Les gens d’Argos ont une chose en commun qui les distingue d’Oreste : leurs souvenirs. Il mourrait pour pouvoir les posséder, bien qu’ils soient marqués par le chagrin et le repentir, uniquement pour remplir son âme. « Si je pouvais m’emparer, fût-ce par un crime, de leurs mémoires, de leur terreur et de leurs espérances pour combler le vide de mon cœur, dussé-je tuer ma propre mère… »77. Électre lui donne la raison déterminante pour changer son attitude lâche en refusant de le reconnaître ainsi comme son frère. Un procès de développement se déroule au moment où il prend la décision d’exterminer la légèreté de son caractère.

Électre, la sœur plus jeune d’Oreste, est la seule habitante d’Argos qui n’a pas peur des Dieux. Du début, elle ressente une certaine sympathie pour le voyageur Philèbe (le pseudonyme d’Oreste) parce qu’il est étranger à sa ville natale qui avait humilié la princesse dès la mort d’Agamemnon. La fille doit beaucoup supporter – sa famille la traite comme esclave et elle n’a aucun ami qui lui pourrait encourager. Par conséquence elle a perdue toute sa lâcheté qu’elle a remplacée par un caractère très fort. Électre a ses propres convictions, elle ne se laisse même pas intimider par la violence et les menaces d’Égisthe. Néanmoins, elle reste une jeune femme avec des rêves, une jeune femme qui ne veut qu’être sauvée.


3.4.2 Contenu et interprétation


Les habitants de la ville d’Argos sont tous des pécheurs. Rongés par la peur, les âmes pitoyables aiment leur mal – conquis par leur superstition ils se trouvent dans un cercle vicieux, se faisant les bourreaux d’eux-mêmes pour plaire aux Dieux qui veulent que les gens se repentissent.

Le premier secret douloureux des Dieux et des rois est tel que les hommes sont libres, bien que ceux qui le savent soient rares. Pour cette raison, la plus grande menace de l’autorité divine est la découverte d’un homme de sa liberté. Il en résulte le deuxième secret des Dieux : « Quand une fois la liberté a explosé dans une âme d’homme, les Dieux ne peuvent plus rien contre cet homme-là »78. Jupiter avait donné la liberté aux gens pour lui servir, mais quand les hommes se rendent compte qu’ils sont libres, il n’est plus leur roi, seulement leur créateur.

Les mouches. Théâtre de la Cité, le 3 juin 1943. Mise en scène Charles Dullin.

Charles Dullin (Jupiter), Jean Lanier (Oreste).

Selon Jupiter, Oreste se fait l’esclave de la liberté à la place d’un Dieu, trouvant ainsi une nouvelle excuse pour son existence. Essayant d’inquiéter l’éphèbe, il échoue, n’ayant pas considéré sa propre culpabilité : il avait abandonné Oreste qui avait ensuite pris conscience de sa liberté, la considérant comme un exil de la haine divine. Maintenant, Oreste ne connaît plus d’autre loi que la sienne, il a compris que chaque homme doit inventer sa propre morale et se faire son propre législateur. « Je ne suis ni le maître ni l’esclave, Jupiter. Je suis ma liberté »79.

« Quelque chose est arrivé que nous ne sommes plus libres de défaire »80 : le meurtre, défait irréversible, restreindrant toute liberté. Seul Oreste s’enrichit par cette restriction parce que c’est lui qui l’a provoqué. C’est lui qui a commis le crime, c’est son crime, il s’est défini dans une certaine direction choisie par lui-même. Par ailleurs, il n’a pas de repentir, il s’est fait héros par cet acte qui le marquera pour l’éternité. En tuant, il s’est débarrassé de sa lâcheté. « Le plus lâche des assassins, c’est celui qui a des remords »81.

Oreste est une exception des caractères sartriens – il se jouit de la liberté qui lui est imposée au lieu de la considérer comme un fardeau. « […] je suis libre. Par-delà l’angoisse et les souvenirs. Libre. Et d’accord avec moi »82. Par conséquence, il réussit à battre sa légèreté. En devenant l’auteur d’un acte inexpiable, il gagne un lest qui le remplit et qui le fait exister authentiquement.

Le message de cette pièce de théâtre est accompagné par un petit goût optimiste : Oreste trouve la joie de vivre dans son nouveau poids gagné par son acte irréversible. En s’engageant, il fait les remords de tout un peuple ses siennes, il se les attribue et s’affirme ainsi comme sujet de bonne foi, vivant entièrement dans le « pour-soi » ce que Sartre considère comme le but de toute existence humaine.



3.5 Huis clos

Pièce de théâtre, 1945. Première représentation : Paris, au Théâtre du Vieux-Colombier, 1944.

3.5.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations


Après leur mort, deux femmes et un homme sont attribués à un salon style second Empire où ils resteront ensemble pour l’éternité. La chambre fermée est aménagée avec trois canapés, toutes les glaces sont ôtées, il n’y a pas de fenêtres – pour marquer le début de la nuit, les lampes sont simplement éteintes. Ils se trouvent en enfer. Curieusement, « […] il y a quelqu’un qui manque ici : c’est le bourreau »83.

Les damnés décident de se taire pour ne pas devenir vulnérable, mais peu à peu la vérité est dévoilée et, connaissant toutes les faiblesses des autres, il arrive ce qui doit arriver. « Le bourreau, c’est chacun de nous pour les deux autres »84. Les émotions sont plus fortes que la ration, un triangle infernal se développe à cause de la jalousie. Inès est amoureuse d’Estelle, mais celle-ci est angoissée par la femme mûre, ayant seulement les yeux pour Garcin. Ce dernier est agacé par le comportement infantile d’Estelle, il n’a que soif de la reconnaissance par Inès qu’elle ne lui donnera jamais parce qu’elle déteste tous les êtres masculins.

Quand les trois pécheurs avaient d’abord pris l’hasard comme responsable pour cette configuration malheureuse, ils deviennent conscients qu’une force plus haute avait tout réglé : « Cette chambre nous attendait »85. Malgré tout, la seule fois que la porte conduisant à l’incertain s’ouvre, personne n’ose s’en aller.


Le premier hôte s’appelle Joseph Garcin. Le publiciste d’un journal pacifiste est mort courageusement à cause de douze balles dans la peau. La première impression est tout à fait positive : le jeune homme charmant traite les femmes d’une façon distancée mais polie, il semble être timide et accommodant, toujours appliqué à clarifier la situation pour maintenir la paix. Mais sous la superficie, Garcin est seulement très soucieux d’éviter toute conversation profonde qui révélerait la vérité. Celle-ci le laisse apparaître sous un jour nouveau : il avait torturé sa femme ce qui lui avait satisfait et il est mort suite à une fuite lâche.

Mademoiselle Inès Serrano, employée de poste, se distingue par ses manières d’appeler les choses par leur nom. Elle n’a pas de scrupules de montrer sa sexualité lesbienne et ses sentiments pour Estelle. Inès se prend le droit de reprocher aux autres ce qu’elle dérange, elle n’a pas honte de rien – rien, sauf la raison pour sa mort. Elle avait maintenu une affaire avec Florence, la femme de son cousin, et elle était la responsable pour la mort de ce dernier. Inès avoue avoir eu besoin de la souffrance de la jeune femme ce que lui a coûté la vie : par vengeance, Florence l’avait gazée.

Enfin, il y a Estelle Rigault, une demoiselle très exigeante, habituée à un style de vie luxueux. D’abord, elle est encore occupée par des soucis terrestres absolument futiles, elle fait l’impression vaine et chiante, mais innocente. Pour cette raison, elle a les plus grandes difficultés d’avouer les circonstances essentielles pour lesquelles elle croit mériter l’enfer : son amant l’avait mis enceinte sans son vouloir. Pour se débarrasser de son bébé, elle avait noyé la nouveau-née dans un lac.


3.5.2 Contenu et interprétation


Huis clos. Théâtre du Vieux-Colombier, le 27 mai 1944. Mise en scène Raymond Rouleau.

Michel Vitold (Garcin), Gaby Sylvia (Estelle) et Tania Balachova (Inès).

Pour constituer une image valable de soi-même dans la vie, l’homme a besoin des autres. Garcin sait bien qu’il est un lâche, mais pour qu’il puisse se jouer la comédie d’être héros, il faut qu’Estelle en soit convaincue. Si je réussis à faire autrui croire ce que je prétends d’être, il m’offre l’ultime satisfaction, me pouvant ainsi me sentir rassuré. Ce que les autres pensent, c’est la vérité – « aucun miroir ne sera plus fidèle »86. Mais si autrui me regarde, refusant de justifier mon mensonge, il devient mon bourreau, me livrant à la conscience sans détour de moi-même, m’envoyant en enfer. En enfer, les yeux d’autrui sont la seule possibilité pour se voir – pris au pied de la lettre et au sens figuré. Garcin en garde connaissance, ne pouvant pas le décrire plus pertinent : « Ils avaient prévu que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avant tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent… […] Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah ! quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l’enfer, c’est les Autres »87.

Cette phrase clé du livre est toujours comprise de travers. Le message que Sartre veut transmettre n’est pas que l’homme doit s’isoler, étant donné que toutes ses relations avec les autres sont condamnées à l’échec. Au contraire, Sartre critique les gens incapables de contracter une relation profonde avec autrui en dépendant trop de son jugement.

Ce que Sartre condamne aussi, ce sont les excuses, la politesse, la comédie sociale – tout le jeu de rôle qu’il regroupe sous le terme générique « la mauvaise foi ». Une telle existence fausse d’un homme rejetant la vérité et par conséquence toute responsabilité conduit à la perte du fondement de chaque existence humaine : la liberté.

Les protagonistes dans Huis clos représentent « le type d’existence si souvent vécue par des hommes superficiels et timorés qui ne sont jamais, il est vrai, des ‘morts vivants’ »88.

Lorsque les « morts vivants » peuvent ôter leur façade quand ils sont seuls et non surveillés, les morts dans la pièce de théâtre doivent mener une vie sans coupure, même sans sommeil, ils sont retenus prisonnier dans une éternité infernale. En outre, ils sont condamnés à pouvoir observer les événements sur le monde juste jusqu’au moment où ils ont vus assez et la terre les quitte. Ils doivent supporter la vérité sur eux-mêmes qui ont constaté les autres. Garcin ferait tout pour revenir sur la terre et démentir les propos faits par les vivants sans qu’il puisse se défendre. « […] je leur ai laissé ma vie entre les mains. […] je suis hors jeu ; ils font le bilan sans s’occuper de moi et ils ont raison puisque je suis mort. Fait comme un rat. Je suis tombé dans le domaine public »89. Maintenant, il mène une vie morte, transformé en chose.



3.6 L’existentialisme est un humanisme

Essai philosophique, 1946.

3.6.1 Le contenu


Les premiers ouvrages de Jean-Paul Sartre montrant des caractères lâches et souvent perdus jouissent d’un succès s’appuyant sur le scandale. Vite le reproche surgit que Sartre veut diaboliquement démoraliser la France en ruines au lieu de lui donner de l’espoir. N’ayant pas lu l’être et le néant, les voix critiques le diffament comme antihumaniste parce qu’ils ne comprennent pas le message de ses œuvres. Rares sont ceux qui s’occupent à fond de la doctrine existentialiste. Des formules détachées de leur contexte sont citées et comprises de travers, comme « l’enfer, c’est les Autres »90 de Huis clos. La critique des intellectuels : bien évidemment, « tout le monde ne peut pas lire l’être et le néant »91.

Pour justifier son existentialisme qui semble échapper à son maître, Sartre donne une conférence avec le titre L’existentialisme est un humanisme à Paris le 29 octobre 1945, initiée par le club Maintenant. Il y tente de mettre fin aux préjugés contre ses thèses, soulignant les aspects humanistes et optimistes devant une foule énorme. Le texte sténographié est publié aux Éditions Nagel l’année suivante avec un succès fou.



3.7 Morts sans sépulture

Pièce de théâtre, 1947. Première représentation : Paris, au Théâtre Antoine, 1946.

3.7.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations


Cinq membres de la Résistance française – Canoris, Henri, Sorbier, Lucie et son jeune frère François – sont arrêtés en tentant d’occuper un village. A cause d’eux, 300 habitants devaient mourir, tués par les Allemands qui ont réprimé la résistance. Exclus du monde, les maquisards sont forcés à attendre la torture.

Lorsqu’ils ont uniquement leur fierté comme raison de ne pas parler au début, le tournant entre avec Jean, leur ancien chef, cru mort. Lui, venu incognito, leur donne ainsi un secret de grande valeur en cas de la torture parce que les miliciens ne veulent qu’une chose : les faire trahir leur chef introuvable. Les prisonniers sont sûrs qu’ils doivent mourir de toute façon. Pour quitter le monde dignement en ne livrant pas Jean il faut que personne ne parle – Sorbier commet le suicide afin de s’en empêcher, François est étranglé par les autres parce qu’il est trop faible pour se taire. Le deuxième tournant est provoqué par le milicien Landrieu : il leur promet la vie pour la livraison de Jean. Enfin, les prisonniers décident de raconter un mensonge qui n’aurait jamais découvert, ayant reconnu leur amour de vivre. Ne se tenant pas à l’accord, le milicien Clochet les laisse fusiller, donnant une fin brusque à la leur vie prise pour sauvée.


Sorbier aimerait pouvoir pressentir la douleur de la torture – anticiper le futur pour être paré dans le présent. N’ayant jamais exploré ses limites il est épuisé par l’incertitude, redoutant ce que la torture lui révélera sur lui-même. Après l’avoir surmonté, il se connaît : il aurait livré Jean s’il aurait déjà su de sa présence. « Il y a des types qui mourront dans leur lit, la conscience tranquille. […] Ha ! ce sont des lâches comme moi et ils ne le sauront jamais. Ils ont de la chance »92. Sorbier est la victime parfaite pour les miliciens mais il ne leur donne pas la satisfaction de parler. Ayant déjà pris la décision de mourir pour résister il peut jouer avec sa supériorité : « Ce n’est pas moi que tu tortures. C’est toi »93. Son suicide est un acte mûrement réfléchi à l’égard de sa faiblesse. Il tire les conséquences utiles pour pouvoir garder son authenticité.

Henri cherche désespérément un sens pour sa mort et l’obtient en forme de Jean. « Si tu n’étais pas venu, nous aurions souffert comme des bêtes, sans savoir pourquoi. Mais tu es là et tout ce qui va se passer à présent aura un sens »94. Maintenant il peut sauver la face devant soi-même, se persuadant qu’il est utile en ne livrant pas Jean afin que celui puisse prévenir les autres maquisards qui taperaient dans un piège s’ils viendront, comme convenu, pour assister à l’occupation du village. En outre, il reçoit la confirmation d’avoir donné sa vie pour la cause – tout engagement ne vaudrait rien si on ne mourrait pas enfin pour elle. Sa faute impardonnable semble ainsi pardonnée, son honneur rétabli. « L’important, c’est de gagner. […] Il y a deux équipes : l’une qui veut faire parler l’autre »95. Henri abandonne toute raison afin de ne pas perdre– c’est lui qui tue François avec ses propres mains. A-t-il commis ce crime par fierté, pour éviter que quelqu’un de « son équipe » montre de la faiblesse ? Il ne le sait plus. Par conséquence, la mort lui paraît comme une délivrance de ses doutes et ses remords.

Consacrés à la mort, Lucie, Henri et Canoris sont reliés par leur pudeur, leur douleur et même leur destin. Jean est un marginal, ne pouvant pas partager ces expériences. Il est le seul qui souffre uniquement sur le plan psychique. Il doit supporter le meurtre de François auquel il devra toujours se souvenir quand les autres seront soulagés par la mort. Ses anciens camarades peuvent mourir de bonne conscience, la torture les lavant de leurs délits – lui, il ne reçoit pas la satisfaction à travers une douleur physique pour surmonter sa culpabilité. Jean est le plus perdu entre ces créatures foutus parce qu’il est tout seul dans sa souffrance.


3.7.2 Contenu et interprétation


« Ce n’est pas une pièce sur la Résistance, ce qui m’intéresse, ce sont les situations limites, et les réactions de ceux qui s’y trouvent placés »96.

Les maquisards ont sciemment obéi aux ordres. Pour cette raison ils n’arrivent pas à évincer le sentiment de culpabilité, sachant bien que même un ordre n’abroge pas la propre responsabilité.

L’homme est toujours libre. Ici, la liberté consiste en la possibilité de choisir entre gagner et perdre. Le premier implique de se taire et mourir, le deuxième de parler et vivre. Un conflit moral est inévitable, chacun étant entièrement seul pendant la torture, tous les moyens étant légitimes pour assurer la propre survie. Seul l’intégrité est déterminante pour la décision.

En effet, la fierté est la seule chose qui reste encore aux maquisards, morts « au moment précis où nous avons cessé d’être utiles »97, ledit étant sanctionné par l’échec de la cause. Les « morts sans sépulture » sont dispensables à la Résistance, ils ne peuvent plus s’engager – il y a des autres qui assumeront la lutte contre la droite. C’est la réussite de cette lutte qui donnera enfin un sens à leur mort.

Les miliciens savent bien que le régime Vichy est au bord de la chute et qu’ils doivent mourir tôt. Ils ont besoin d’humilier les maquisards pour garder leur bonne conscience. En coupant le mutisme, la torture n’était pas en vain et peut être justifiée.



3.8 Les jeux sont faits

Scénario, 1947.

3.8.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations


Une ville française ordinaire dans le vingtième siècle. Ève Charlier est empoisonnée par son mari André pour qu’il puisse séduire sa sœur Lucette. Pierre Dumaine, le chef de la « ligue pour la liberté », est assassiné par un opposant.

Les deux morts sont attirés par une voix susurrante « Laguénésie », ne percevant pas encore leur situation. En effet, l’Impasse Laguénésie héberge l’entrée dans l’empire des morts sous forme d’une boutique. Après avoir signé un contrat, ils peuvent aller où ils veulent – « Les morts sont libres »98.

Ève et Pierre tombent amoureux, ne pouvant pas se ressentir – c’est une des restrictions qui doivent accepter les morts.

Comme il parait, la bureaucratie y voit un cas d’exception, fixée dans Article 140 du référendum : un homme et une femme destinés l’un à l’autre qui n’ont pas eu la chance de mettre à l’épreuve leur amour pendant leur vie reçoivent, sous certaines conditions, une deuxième chance : « […] Si, au bout de vingt-quatre heures, vous avez réussi à vous aimer de toutes vos forces, vous aurez droit à une existence humaine entière »99.

Affiche de cinéma.

Delannoy, Jean : Les jeux sont faits. – Louis WIPF, 1947.

Les amants : Micheline Presle (Ève) et Marcel Pagliero (Pierre).

Vivants de nouveau, les amants semblent ne pas avoir plus en commun que leur amour – Ève est originaire de la couche sociale bourgeoise contre laquelle Pierre avait lutté toute sa vie. Leurs vraies intentions pour revenir dans le monde vaincrent toute raison bien que le couple se soit bien conscient de la faute horrible qu’il est à faire : « Il faut nous aimer ; c’est notre seule chance »100. Pierre, ayant appris à l’au-delà que l’ennemi est déjà bien informé sur l’insurrection prévue pour le jour prochain, s’en va pour assister ses compagnons quand même. Ève tente de montrer à Lucette qu’André ne veut pas elle, mais sa dot.

Vingt-quatre heures consommées, leur amour est déclaré trop faible. Ils sont obligés de retourner et gagnés par l’état de l’indifférence. « Les jeux sont faits, voyez-vous. On ne reprend pas son coup »101. L’irréversibilité du temps ne peut pas être conquise.


3.8.2 Contenu et interprétation


La vie est un changement constant dont l’homme est le maître. Les morts, en revanche, sont voués à mener une vie morte qui « ne cesse pas pour cela de changer et, pourtant, elle est faite. Cela signifie que pour elle, les jeux sont faits et qu’elle subira désormais ses changements sans en être aucunement responsable »102. Eve et Pierre ne peuvent maintenant plus que supporter les événements sur la terre sans y pouvoir rien faire.





3.9 Le diable et le bon Dieu

Pièce de théâtre, 1951. Première représentation : Paris, au Théâtre Antoine, 1951.

3.9.1 Le résumé, le lieu de l’action, les personnages principaux et leurs relations


Le drame historique est situé en l’Allemagne à la fin du 16e siècle pendant le temps des guerres des paysans.

Après avoir gagné la lutte pour Worms en tuant son frère, Goetz a la possibilité de disposer librement de la ville. Ayant appris du prêtre Heinrich que personne n’avait jamais fait le bien, il veut l’essayer.

Goetz change de l’incarnation de la méchanceté à un saint qui distribue ses domaines pour gagner les cœurs des paysans, ne considérant pas que cela conduirait tôt ou tard à une insurrection. Afin de l’empêcher il exile tous les prêtres de la ville, rendant ainsi les paysans incapables à agir, eux étant conquis par l’angoisse sans l’appui de l’église.

Catherine, l’ancienne maîtresse de Goetz, se trouve dans l’agonie causée par la douleur d’avoir été rejetée par lui. Puisqu’elle a peur de mourir comme pécheresse, Goetz installe ses péchés sur lui pour la soulager. En s’infligeant les blessures de Jésus et les faisant passer comme un miracle le peuple le reconnaît comme son maître. Il fond la « cité du soleil » qui est comparable à un communisme de l’amour. Les paysans habitant en dehors reprochent aux citoyens d’être heureux à leurs frais. Une insurrection s’annonce et Goetz est impuissant de l’éviter – tout son peuple meurt.

Il devient fou et vit en solitude avec la sainte Hilda qui l’aime sans réserve. Gagnant conscience de l’injustice de Dieu, il le tue et éclaire ainsi son esprit. Dorénavant, Goetz lutte en service de l’humanité au côté de ceux qui ont besoin de son aide.

Pierre Brasseur (Goetz).


Goetz est un général en chef passionné, le bruit court même qu’il ne peut qu’éprouver du bonheur en tuant. Il est équipé d’un humour noir et sèche, son arrogance fond sur la fierté d’être inégalé dans sa cruauté. « Connaissez-vous mon pareil ? Je suis l’homme qui met le Tout-Puissant mal à l’aise. En moi, Dieu prend horreur de lui-même ! »103

À moitié noble, à moitié paysan, il est un bâtard intérieurement déchiré. Goetz considère comme sa raison d’être de faire du mal au monde qui le rejette à cause de son origine, y voyant la seule possibilité pour se décoller de la vocation qui lui est imposée par la société. « […] je me suis fait moi-même : bâtard, je l’étais de naissance, mais le beau titre de fratricide, je ne le dois qu’à mes mérites »104.

En outre, il fait le mal pour s’y réaliser, le bien étant une domaine inaccessible parce qu’il est déjà fait par Dieu. Le mal est l’espèce qui lui promet de se profiler – les autres « […] font le Mal par luxure ou par intérêt : moi je fais le Mal pour le Mal »105.

Mais en général, il est ennuyé par sa vie. Un nouveau défi se présente en forme de la tentative de faire le bien. La particularité, c’est qu’il se soulève ainsi contre la loi divine. « Dieu a voulu que le Bien fût impossible sur terre »106. Considérant Dieu comme le seul ennemi digne de soi-même il s’investit entièrement dans cette lutte, ne prenant pas les hommes en compte qui souffrent sous sa bonté extrêmement irresponsable. Seulement la connaissance que « Dieu est mort »107 le laisse apprécier la valeur des hommes.


3.9.2 Contenu et interprétation


« Etre homme, c'est tendre à être Dieu: ou, si l'on préfère, l'homme est fondamentalement désir d'être Dieu »108. L’homme veut, Selon Sartre, perpétuellement imposer le statut d’objet à autrui en même temps que rester sujet – la seule relation qui contient une telle hiérarchie est celle entre Dieu et l’homme. La raison, c’est que Dieu est toujours regardant, laissant ainsi l’homme s’éprouver comme objet.

Goetz réussit à réaliser le mal pour le mal, pourquoi est-il alors impossible pour lui de réaliser le bien pour le bien ? La réponse que Sartre donne ici : ses actes ne sont pas déterminés par une foi en l’homme, mais en Dieu, la relation avec ce dernier faisant toute forme d’humanité impossible. Goetz est obsédé par la loi divine, oubliant au-delà les hommes. Pour pouvoir vraiment atteindre le bien pour l’humanité il faut tuer Dieu. Une morale absolue constituée par Dieu n’existe pas, ceux qui vivent d’après une s’enfuissent de leur propre responsabilité. L’homme est obligé d’inventer une morale relativisée par l’histoire qui est pour cette raison humaine et concrète.

Le chemin de Goetz est un chemin de la liberté – en se libérant de son respect pour Dieu il arrive finalement à s’engager pour les hommes. L’athéisme l’aide à conquérir sa mauvaise foi qui se montre surtout en lui affirmant que « L’homme rêve qu’il agit, mais c’est Dieu qui mène »109. Il tue Dieu pour gagner sa dignité humaine, ayant compris que « L’absence, c’est Dieu. Dieu, c’est la solitude des hommes. […] Si Dieu existe, l’homme est néant ; si l’homme existe […] Dieu n’existe pas »110. Le meurtre de Dieu est le seul moyen pour l’homme d’exister comme sujet, autrement dit, il y a seulement un des deux qui peut exister. Goetz transmet l’optimisme sartrien à l’égard d’une vie sans Dieu qui est souvent condamnée comme malheureuse.

Dans une pièce de théâtre qui s’appelle Le diable et le bon Dieu le diable joue, je le concède, un rôle accessoire. Etant seulement « la créature de Dieu »111, il n’est même pas celui qui a la puissance de damner les hommes. Plutôt il est un outil de la mauvaise foi parce que l’homme peut le faire responsable pour ses propres péchés.

« Le diable et le bon Dieu, c’est la même chose… moi, je choisis l’homme »112. Avec cette pièce de théâtre osée, Jean-Paul Sartre ne veut rien prouver ou déclarer comme vérité absolue. Il veut seulement traiter l’homme sans Dieu et montrer son opinion optimiste concernant ce problème existentiel.




4. Conclusion


La question qui se pose à moi le plus souvent quant à Jean-Paul Sartre, c’est la suivante : aurait-il été le même Sartre que nous le connaissons s’il aurait eu un père ? Je ne le crois pas.

La liberté imposée à Poulou par la mort de Jean-Baptiste l’a rendu seul. Il s’est enfoncé dans la littérature, considérant les écrivains comme ses amis.

Cette solitude exquise l’a rendu suffisant, beaucoup de ses relations se sont terminés avec une rupture. Pour cette raison, d’écrire de sa relation réussie avec Simone de Beauvoir m’a fait du bien. Elle était, en effet, la seule personne avec laquelle il s’est senti à l’égal, c’est-à-dire au même niveau d’intellect.

Sartre a fait tout pour gagner la pleine conscience de son être. L’anecdote qui me plait le plus, c’est qu’il a pris des notes sur ses propres mots. Pour son autobiographie il a même passé un test de Rorschach.

Concernant Jean-Paul Sartre comme personne, je veux conclure ainsi : il a eu un amour nécessaire qu’il a reconnu soi-même : Simone de Beauvoir. Mais je crois que l’amour nécessaire vraiment indispensable à son existence, c’était la littérature, l’accompagnant du début jusqu’à la fin sur le chemin de sa vie.

A l’égard de la philosophie de Jean-Paul Sartre, j’ai constaté certains accords, mais aussi des contradictions avec mes propres pensées.

En lisant ses œuvres, j’ai retrouvé parfois mes propres pensées dans les siennes ce qui m’a donné – bien que cela sonne ridicule – un sentiment de fierté. Entre outres, je partage son opinion que l’autrui est l’enfer si on ne réussit pas à percer par la superficie consistant en mauvaise foi et établir une relation authentique.

Contrairement à Sartre, je crois certes bien que l’homme est ce qu’il se fait par ses actions, mais à mon avis, cela n’implique pas nécessairement qu’il réussit à être ce qu’il se veut.

J’ai aussi réfléchi sur moi-même d’après les doctrines sartriennes ce qui était une expérience très intéressante. Quelquefois, je suis ce que Sartre appellerait de mauvaise foi : je m’enfonce dans mes pensées, je sombre dans mes rêves, je suis conduite par mes passions, je regrette le passé en même temps que presque vivre déjà dans mes visions de l’avenir – proprement dit, il y a toujours le danger pour moi de perdre le fond de la réalité. Sartre me reprocherait de ne pas vivre hic et nunc.

Pour Sartre comme écrivain enfin j’y veux faire preuve de mon admiration. J’ai pu vraiment me réjouir de ses œuvres existentialistes, je les considère écrits dans un style captivant et varié en ne se servant pas d’un seul mot de trop – L’être et le néant y excepté. Je apprécie Jean-Paul Sartre pour son esprit inventif, son aptitude de critiquer la société, de bouleverser, amuser et fasciner chaque fois de nouveau.

La seule difficulté qui s’est posée face à cette « Fachbereichsarbeit », était d’un côté de tirer l’essentiel d’une foule d’informations sur la vie et le temps de Sartre, de l’autre côté d’interpréter les œuvres presque entièrement seule parce qu’il n’y en a pratiquement pas de littérature.

J’ai énormément profité de mon ouvrage, plus que je l’aurais jamais imaginé. Au-delà d’un immense savoir irremplaçable que j’ai gagné grâce à la mise en compte intense, j’ai beaucoup appris sur moi-même. J’ai profondément assimilé le contenu de ma « Fachbereichsarbeit » et je crois que je le garderai pour toujours.

Enfin, je veux remercier Madame Doppler-Migsch, ma famille et mes amis de n’avoir jamais douté de mes aptitudes et de m’avoir toujours encouragée.




5. Les sources


5.1 La bibliographie


Littérature primaire :


  • Sartre, Jean-Paul : Le mur. – Paris : Éditions Gallimard, 1939.
  • Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938.
  • Sartre, Jean-Paul : L’être et le néant. – Paris : Éditions Gallimard, 1943.
  • Sartre, Jean-Paul : Les mouches. – Paris : Éditions Gallimard, 1947.
  • Sartre, Jean-Paul : Huis clos. – Paris : Éditions Gallimard, 1947.
  • Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996.
  • Sartre, Jean-Paul : Morts sans sépulture. – Stuttgart : Reclam, 1984.
  • Sartre, Jean-Paul : Les jeux sont faits. – Paris : Éditions Gallimard, 1996.
  • Sartre, Jean-Paul : Le Diable et le bon Dieu. – Paris : Éditions Gallimard, 1951.


    Littérature d’accompagnement :


  • Huisman, Denis : Histoire de l’existentialisme. – Éditions Nathan, 1997.
  • Guigot, André : Sartre et l’existentialisme. – Toulouse : Éditions MILAN, 2000.
  • Kampits, Peter : Jean-Paul Sartre. – München : Verlag C. H. Beck oHG, 2004.
  • Gagnebin, Laurent : Connaître Sartre. – Paris/Verviers : Resma Centurion, 1972.
  • Aberes, René-Marill : Jean-Paul Sartre. – Paris : Éditions Universitaires, 1962.
  • Lecherbonnier, Bernard : Huis Clos. Collection profil d’une œuvre. – Paris : Hatier, 1972.
  • Surer, Paul : Cinquante ans de théâtre. – Paris : SEDES, 1969.
  • Hoffmann, Hilmar ; Klotz, Heinrich : Die Kultur unseres Jahrhunderts : Ein ECON-Epochenbuch. Band 4. 1945-1960. – Düsseldorf ; Wien ; New York : ECON Verlag, 1991.
  • Besset, Maurice : 20. Jahrhundert. – München: DTV, 1978.
  • Capelle, G.; Cavalli, M.; Gidon, N. : Fréquence Jeunes. Méthode de français. – Paris : HACHETTE, 1995.
  • Dictionnaire des littératures volume 2. – Paris : Larousse, 1986.

    Journaux et revues :

  • Écoute n° 6/2005. – Planegg : Spotlight Verlag, 2005.
  • Die Furche n°23/9.Juni 2005. – Wien: DIE FURCHE, 2005.
  • Le Soir du 25 septembre 2004. – Bruxelles : LE SOIR, 2004.
  • Écoute n° 11/2004. – Planegg : Spotlight Verlag, 2004.

    5.2 Les films


  • Audry, Jacqueline : Huis clos. – Les films marceau, 1954.
  • Delannoy, Jean : Les jeux sont faits. – Louis WIPF, 1947.
  • Stroh, Valérie : Simone de Beauvoir. – Bonne Pioche Productions, 1999.
  • Favart, Michel : Sartre contre Sartre. – BELBO films, EUROPOOL, LA SEPT, NOB, NOS, 1991.

  • Waksman, André : On a raison de se révolter. Une biographie politique de Jean-Paul Sartre. – BELBO films, LA SEPT-ARTE, 1991.

    5.3 Les adresses Internet


  • http://www.gallimard.fr/web/gallimard/catalog/Html/revue/temp.htm 7.11.2005
  • http://www.ludwigmuseum.org/sammlung/biografien/biogr_wols.htm 29.01.2006
  • http://www.tu-dresden.de/sulcifra/romanistik/sartre.html#Wols 28.01.2006
  • http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/02/7_fvrier_1927na.html 05.12.2005
  • http://www.frankreich-sued.de/montpellier-server/Juliette%20Greco.htm 13.12.2005
  • http://www.cvm.qc.ca/ccollin/portraits/camus.htm 06.11.2005
  • http://expositions.bnf.fr/sartre/reperes/ind_renc.htm 24.10.2005
  • http://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_de_Beauvoir 09.11.2005
  • http://evene.fr/celebre/biographie/francoise-sagan-247.php 25.01.2006
  • http://de.wikipedia.org/wiki/Geschichte_Frankreichs#Vichy-Regime 18.10.2005
  • http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/239.htm 02.11.2005
  • http://fr.wikipedia.org/wiki/Rassemblement_du_peuple_fran%C3%A7ais 14.11.2005

    5.4 Les illustrations


  • La couverture :

    http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/036.htm

    http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/043_1.htm

    http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/045.htm

    http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/045_5.htm

    http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/075_2.htm

    http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/140.htm

    http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/ill_186.htm


  • Gabriel Marcel : http://www.sartre.org/Existentialism/marcel.gif
  • Sartre enfant : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/005.htm
  • Sartre comme soldat : http://www.comunidaddelapipa.com/imagenes/personajes/images/Jean_Paul_Sartre_jpg.jpg
  • Sartre vendant La cause du peuple : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/242.htm
  • Marilyn Monroe : http://blogs.warwick.ac.uk/images/zoebrigley/2005/03/05/marilyn_by_andy_warhol.jpg
  • Sartre et Beauvoir : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/030.htm
  • Albert Camus : http://www.washingtonpost.com/wp-srv/style/museums/photogallery/bresson/camus.jpg
  • Combat : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/096.htm
  • Françoise Sagan : http://www.elpais.es/elpaismedia/diario/media/200409/25/agenda/20040925elpepiage_3_I_LBW.jpg
  • Bleu optimiste : http://www.lattuadastudio.it/Artecentro/Artisti/Big/wols.jpg
  • Juliette Gréco : http://www.le-papier-a-gaumet.com/stars/images/juliette_greco.jpg
  • « De Gaulle à Sartre – Sartre à de Gaulle » : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/239.htm
  • Les Temps Modernes : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/210.htm
  • Café de Flore : http://sartre.blogspirit.com/album/biographie_du_centenaire_de_la_naissance_de_sartre/flore_img_2538.3.html
  • « La République du silence » : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/098.htm
  • Le mur : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/057.htm
  • La nausée : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/ill_043.htm
  • Melancolia I : http://epc.buffalo.edu/authors/bernstein/shadowtime/images/Durer_Melancolia.jpg
  • Les mouches : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/133.htm
  • Huis clos : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/th-32.htm
  • Les jeux sont faits : http://expositions.bnf.fr/sartre/reperes/ind_chrono.htm
  • Le diable et le bon Dieu : http://expositions.bnf.fr/sartre/grand/ill_114.htm


    Eidesstattliche Erklärung


    Ich erkläre hiermit, dass ich diese Fachbereichsarbeit selbst verfasst und ausschließlich die angegebenen Quellen verwendet habe.




    1 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 29

    2 Méthode consistant à décrire la réalité pour en saisir les essences (Guigot, André : Sartre et l’existentialisme. – Toulouse : Éditions MILAN, 2000. p. 59)

    3 Don et liberté » dans Mélanges Étienne Souriau. – Paris : Nizet, 1952. (Huisman, Denis : Histoire de l’existentialisme. – Éditions Nathan, 1997. p. 62)

    4 La théorie de l’être

    5 Huisman, Denis : Histoire de l’existentialisme. – Éditions Nathan, 1997. p. 57

    6 Huisman, Denis : Histoire de l’existentialisme. – Éditions Nathan, 1997. p. 79

    7 Réflexion de Sartre sur la mort de son père. Sartre, Jean-Paul : Les mots. – Paris : Gallimard, 1964. p. 11

    13 La Peste, dans Théâtre, Récits, Nouvelles. – Paris : Gallimard, collection « La Pléiade », 1985. p. 1473.

    15 Discours de Suède, « Le Pari de notre génération », dans Essais. – Paris : Gallimard, collection « La Pléiade », 1990. p. 1899.

    17 Guigot, André : Sartre et l’existentialisme. – Toulouse : Éditions MILAN, 2000. p. 17

    19 Présentation des « Temps Modernes », premier numéro de la revue, octobre 1945, repris dans Situations, II, Gallimard, 1948.

    20 Huisman, Denis : Histoire de l’existentialisme. – Éditions Nathan, 1997. p. 104

    21 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 26

    22 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 59

    23 Traduction du latin : dès le départ (avant avoir fait des expériences)

    24 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 62

    25 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 29

    26 Traduction du latin : ici et maintenant

    27 Huisman, Denis : Histoire de l’existentialisme. – Éditions Nathan, 1997. p. 88

    28 Sartre, Jean-Paul : L’être et le néant. – Paris : Éditions Gallimard, 1943. p. 29

    29 L’endroit dans les limites d’expérience

    30 Huisman, Denis : Histoire de l’existentialisme. – Éditions Nathan, 1997. p. 88

    31 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 39

    32 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 31

    33 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 31

    34 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 32

    35 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 63

    36 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 50

    37 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 30

    38 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 29, 30

    39 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 39

    40 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 52

    41 Définition: sentiment de peur sans objet déterminé, lié au fait que la liberté saisit sa propre spontanéité. (Guigot, André : Sartre et l’existentialisme. – Toulouse : Éditions MILAN, 2000. p. 58)

    42 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 69

    43 Huisman, Denis : Histoire de l’existentialisme. – Éditions Nathan, 1997. p. 94

    44 Sartre, Jean-Paul : L’être et le néant. – Paris : Éditions Gallimard, 1943. p. 426

    45 Huisman, Denis : Histoire de l’existentialisme. – Éditions Nathan, 1997. p. 93

    46 Sartre, Jean-Paul : Huis clos. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 93

    47 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 66

    48 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 38

    49 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 39

    50 Épicure, 341-270 avant J.C. Lettre à Ménécée, trad. trad. E. Boyancé P.U.F. ; source : http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/articles.php?lng=fr&pg=69

    51 Sartre, Jean-Paul : L’être et le néant. – Paris : Éditions Gallimard, 1943. p. 604

    52 Sartre, Jean-Paul : L’être et le néant. – Paris : Éditions Gallimard, 1943. p. 604

    53 Sartre, Jean-Paul : L’être et le néant. – Paris : Éditions Gallimard, 1943. p. 601

    54 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 23

    55 Manière de s’enfoncer dans ses pensées

    56 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 56

    57 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 57 ; René Descartes, 1596-1650 « tandis que je doute, je sais que j’existe, car s’il y a un doute, c’est qu’il y a nécessairement quelqu’un qui est là pour douter : cogito, ergo sum, je pense donc je suis » – « Les Principes de la philosophe » (1644), article 7 ; source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Descartes

    58 Théorie avec l’homme comme fin et valeur supérieure, se conformant d’après une morale avec la priorité de la dignité humaine.

    59 Sartre, Jean-Paul: L’existentialisme est un humanisme. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 23

    60 Idée philosophique selon laquelle il n’existe pas de connaissance objective ; les connaissances sont les créations de la conscience subjective.

    61 Sartre, Jean-Paul : Le mur. – Paris : Éditions Gallimard, 1939. p. 22, 23

    62 Sartre, Jean-Paul : Le mur. – Paris : Éditions Gallimard, 1939. p. 28

    63 Sartre, Jean-Paul : Le mur. – Paris : Éditions Gallimard, 1939. p. 21

    64 Sartre, Jean-Paul : Le mur. – Paris : Éditions Gallimard, 1939. p. 23

    65 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 99

    66 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 163

    67 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 164

    68 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 170

    69 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 249

    70 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 243

    71 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 221

    72 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 84

    73 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 181

    74 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 182

    75 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 187

    76 Sartre, Jean-Paul : La nausée. – Paris : Éditions Gallimard, 1938. p. 191

    77 Sartre, Jean-Paul : Les mouches. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 126

    78 Sartre, Jean-Paul : Les mouches. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 203

    79 Sartre, Jean-Paul : Les mouches. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 235

    80 Sartre, Jean-Paul : Les mouches. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 210

    81 Sartre, Jean-Paul : Les mouches. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 232

    82 Sartre, Jean-Paul : Les mouches. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 224

    83 Sartre, Jean-Paul : Huis clos. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 41

    84 Sartre, Jean-Paul : Huis clos. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 42

    85 Sartre, Jean-Paul : Huis clos. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 36

    86 Sartre, Jean-Paul : Huis clos. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 46

    87 Sartre, Jean-Paul : Huis clos. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 93

    88 Gagnebin, Laurent : Connaître Sartre. – Paris/Verviers : Resma Centurion, 1972.

    89 Sartre, Jean-Paul : Huis clos. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 82

    90 Sartre, Jean-Paul : Huis clos. – Paris : Éditions Gallimard, 1947. p. 93

    91 Emmanuel, Pierre : « Réflexions sur une mise au point » dans la revue Fontaine n° 41, avril 1945.

    92 Sartre, Jean-Paul : Morts sans sépulture. – Stuttgart : Reclam, 1984. p. 31

    93 Sartre, Jean-Paul : Morts sans sépulture. – Stuttgart : Reclam, 1984. p. 50

    94 Sartre, Jean-Paul : Morts sans sépulture. – Stuttgart : Reclam, 1984. p. 34

    95 Sartre, Jean-Paul : Morts sans sépulture. – Stuttgart : Reclam, 1984. p. 57, 58

    96 Sartre en octobre 1946 dans Combat. Citation prise de Sartre, Jean-Paul : Morts sans sépulture. – Stuttgart : Reclam, 1984. p. 101

    97 Sartre, Jean-Paul : Morts sans sépulture. – Stuttgart : Reclam, 1984. p. 21

    98 Sartre, Jean-Paul : Les jeux sont faits. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 44

    99 Sartre, Jean-Paul : Les jeux sont faits. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 84

    100 Sartre, Jean-Paul : Les jeux sont faits. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 139

    101 Sartre, Jean-Paul : Les jeux sont faits. – Paris : Éditions Gallimard, 1996. p. 162

    102 Sartre, Jean-Paul : L’être et le néant. – Paris : Éditions Gallimard, 1943. p. 601

    103 Sartre, Jean-Paul : Le Diable et le bon Dieu. – Paris : Éditions Gallimard, 1951. p. 105

    104 Sartre, Jean-Paul : Le Diable et le bon Dieu. – Paris : Éditions Gallimard, 1951. p. 59

    105 Sartre, Jean-Paul : Le Diable et le bon Dieu. – Paris : Éditions Gallimard, 1951. p. 106

    106 Sartre, Jean-Paul : Le Diable et le bon Dieu. – Paris : Éditions Gallimard, 1951. p. 107

    107 Sartre, Jean-Paul : Le Diable et le bon Dieu. – Paris : Éditions Gallimard, 1951. p. 240

    109 Sartre, Jean-Paul : Le Diable et le bon Dieu. – Paris : Éditions Gallimard, 1951. p. 212

    110 Sartre, Jean-Paul : Le Diable et le bon Dieu. – Paris : Éditions Gallimard, 1951. p. 238

    111 Sartre, Jean-Paul : Le Diable et le bon Dieu. – Paris : Éditions Gallimard, 1951. p. 152

    112 Interview avec Marcel Péju dans Samedi Soir du 2 juin 1951


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